mercredi 22 avril 2009

La voix de Federman

Hier a été une heureuse journée. Au réveil, cette bonne surprise sur Lignes de fuite, et tous ces toasts qui font chaud au cœur. Et juste avant de se coucher, une autre belle surprise encore !
Entre les deux, promenade à Paris (oui, le livre est là, sur les rayons, les présentoirs ; ce n’est pas un rêve – parfois j’ai peur de confondre), promenade sous le ciel bleu ; en amoureux comme on dit – mais oui, n’ayons pas (trop) peur des mots. Et le soir, écouter pour la première fois celui qui s’en joue si bien – des mots : Raymond Federman.
Ecouter la voix de Federman, c’est un grand bonheur. Grand bonheur de reconnaître, incarnée par un  corps enfin visible, la voix qu’on connaissait seulement par ses livres. (La voix, c’est important. J’aime la voix, les voix, même dans l’apparent silence des pages. Federman en parle, de la voix ; c’est important pour lui aussi. Elle est dans le titre d’un des livres que je n’ai pas encore osé lire : la voix dans le débarras.) (Le corps aussi, c’est important. Federman en parle aussi, hier soir, et aussi dans ses livres ; il y en a même un qui lui est consacré : Mon corps en neuf parties. Et ça fait plaisir de voir si jeune celui de l’auteur, à quatre-vingts ans, malgré la vie que l’on sait ; il a raison de l’aimer, c’est un bon compagnon.)
Raymond Federman, il y a longtemps que je connais ce nom. C’était au temps (lointain) de ma maîtrise sur Beckett (c’était sur L’Innommable). Je me rappelle le titre d’un article, dans les Cahiers de l’Herne, qui prend plus de sens aujourd’hui, après avoir lu Retour au fumier, par exemple : le paradoxe du menteur. Raymond Federman, pour moi, c’était juste un universitaire américain spécialiste de Beckett – ce qu’il est aussi. Seulement aussi. Parce que la visibilité est mauvaise. Parce qu’il aura fallu trente-cinq ans pour que la France le lise aussi. Et aussi, ensuite, cette étiquette d’« avant-garde » qu’on lui colle. Avant-garde, je ne sais pas bien ce que c’est – même s’il y a beaucoup d’auteurs que j’aime et qui la portent plus ou moins (sans que le fait que je les aime ait un rapport). Je ne dois pas être assez belliciste pour comprendre ce mot que je n’aime pas. Ce que je sens d’évidence, c’est que, en plus de cette vie, de cette liberté, de cet humour ; en plus de la tragédie du propos ; il y a quelque chose de très juste, de très honnête, dans l’écriture de Federman ; même quand il raconte des bobards (qu’il avoue, d’ailleurs). Sûrement à cause d’une mise en doute du langage – d’où cette attention revendiquée, héritée de Beckett, à la forme, plus qu’au sens. D’où le récit récurrent d’une seule histoire, la sienne – dont il dit lui-même que, si terrible soit-elle, elle n’est pas exceptionnelle.
Me promenant tout en écrivant, je vois que Poézibao rend compte de la soirée, d’une façon bien plus fidèle que je ne saurais le faire. C’est l’occasion de les en remercier ainsi que, pour ce beau moment, l’éditrice Catherine Flohic, organisatrice de cette soirée à l’occasion de la parution de Federman hors limites, conversation par mails avec Marie Delvigne, dans la collection les Singuliers (qui collectionne en effet les plus grands) (il faut d’ailleurs découvrir Argol, belle maison toute vêtue de noir), Bénédicte Gorrillot qui interrogeait les deux auteurs, Alexander Dickow qui m’a bien fait rire (j’ai oublié de parler du rire de Federman, ce sera pour une autre fois), Christian Prigent dont la lecture donne vraiment à entendre le texte (même à ceux qui, comme moi, ont beaucoup de mal à écouter un texte lu ; belle performance), et l’auteur lui-même, tel qu’en ses livres vraiment.

PS : Raymond Federman sera ce soir à 19h30 aux Revues Parlées : lecture performance avec François Jeanneau (saxophoniste) & lecture d’extraits de Chut. Centre Pompidou, place Georges Pompidou (rue Saint-Martin), Paris. L’info est chez Laure Limongi



Commentaires

Même pas eu le temps de trinquer! Ca va trop vite les blogs. Vivement un bon bouquin, le votre, qu'on peut lire sans que les pages tournent toutes seules.
Commentaire n°1 posté par cecile+portier le 22/04/2009 à 21h46
Il n'est jamais trop tard pour trinquer, Cécile ! (et je suis sûr que le grand monsieur qui nous regarde est de cet avis)
Commentaire n°2 posté par PhA le 23/04/2009 à 01h40
Et de Pha que je n'ai même pas rencontré?
C'est un rêve ou n cauchemar?
Bonne nuit

Mari-e-
Commentaire n°3 posté par marie delvigne le 26/04/2009 à 02h52
Mon train, ma timidité - sont de mauvaises excuses en effet. N'empêche, merci pour ce beau moment, et pour votre visite !
Commentaire n°4 posté par PhA le 26/04/2009 à 10h14

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