mardi 26 avril 2011

inspection sous les couvertures

Très honnêtement, même si la plupart du temps, ouf, je n’y pense guère, je dois bien reconnaître que le « succès » rencontré par certains livres me gratte un peu. Comme je n’aime pas me faire du mal, je ne les lis pas, ou guère, et suis bien mal placé pour les critiquer ; je me contente d’aller renifler sous la couverture. Citerais-je des noms ? Allons, soyons lâche : ni Marc Lévy ni Guillaume Musso ni Bernard Werber n’en sont coupables. Je suis sérieux : ces gars-là ne me donnent pas d’urticaire. C’est aussi que les couvertures, précisément, sous lesquelles leurs œuvres paraissent annoncent clairement et honnêtement la couleur. Il en faut, de la couleur, pour être visible sur les rayons de Carrefour. (Oui, tout de même, on les trouve aussi en librairie, où leurs piles prennent de la place ; ça c’est moins sympa. Mais au moins on est prévenu, on ne s’attarde pas.)
Non, plus sérieusement, ce qui me démange, c’est plutôt le syndrome Canada dry : quand ça a la couleur, les mots, la couverture de la littérature – mais rien de plus. La couverture, surtout. J’aime bien que les éditeurs aient des collections – car c’est bien ce qu’on espère trouver sous une couverture facilement identifiée. La collection, ça devrait être la première indication pour le lecteur. Or soulevez-en certaines, hélas, c’est le règne de la confusion. Là-dessous, on trouve de tout – et aussi n’importe quoi – notamment sous des jaquettes qui, par leur sobriété, semblent pourtant vouloir nous dire : « c’est ici que s’écrit la littérature d’aujourd’hui ». Mais le lecteur averti qui bien sûr en vaut deux ne s’y laisse pas prendre deux fois. Cette pratique, qui consiste, comme on dit élégamment, à vendre des vessies pour des lanternes, si elle permet peut-être, j’imagine, de réussir quelques coups, est évidemment dommageables aux livres publiés dans ces mêmes collections et qui valent quelque chose, oui il y en a, et au-delà, puisqu’il s’agit souvent de maisons puissantes, à l’ensemble de la littérature contemporaine. C’est sans doute à la fois l’une des causes et l’un des symptômes de cette crise de la représentation que j’évoquais il y a quelques temps.



Commentaires

Grasset et Stock, donc...
Commentaire n°1 posté par Didier da le 26/04/2011 à 08h40
Didier pas da(ltonien).
(Bon, on pourrait aussi en citer d'autres et repeindre l'arc-en-ciel...)
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 13h46
décidément, vous êtes en télépathie avec E. Chevillard? encore?
Commencez donc par vous réconcilier avec le  Jardin  :))
Commentaire n°2 posté par Aléna le 26/04/2011 à 09h48
Le jardin ? Mais j'adore mon jardin : il prend presque autant de place sur ce blog que celui d'Eric Chevillard sur le sien !
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 13h50
Imaginons des livres sans couverture - surtout en période de sécheresse - et ça éviterait en plus les quatrièmes de, ces sortes de bandes-annonces dans le style films, on commence donc directement à lire, cela a été déjà fait un temps pour une collection, mais évidemment la première page ne serait plus protégée, alors on peut mettre dix fois la même première page, donc on commence bien par la lecture uniquement du livre (ou son avatar) et l'auteur et l'éditeur peuvent être mentionnés plus loin ou ailleurs, et il n'est plus nécessaire de rajouter une photo pour attirer le chaland qui passe, enfin, je dis ça comme ça.
Commentaire n°3 posté par Dominique Hasselmann le 26/04/2011 à 12h01
J'ai fait aussi ce genre de rêves...
Plus simplement, je me contente d'espérer qu'on reviendra à un meilleur respect des lignes des collections. Ces bouquins qui me grattent me gratteraient moins sous une couverture moins littéraire - laquelle n'est vraiment plus qu'une couverture.
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 13h56
Bien vérifier l'étanchéité de l'alèse.
Commentaire n°4 posté par Gilbert Pinna le 26/04/2011 à 12h37
(Moi je ne dis rien : j'ai déjà écrit liquide...)
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 13h57
Vous alors, vous n'avez que des hublots, mais on peut dire que vous y voyez clair ! (qu'est-ce que ce serait si vous aviez des baies vitrées ?
Commentaire n°5 posté par L'employée aux écritures le 26/04/2011 à 19h36
J'ai de bons laveurs de carreaux.
(Si j'avais des baies vitrées...
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 20h28
J'en ai même oublié de fermer ma parenthèse...
Commentaire n°6 posté par L'employée aux écritures le 26/04/2011 à 19h37
... je les laisserais ouvertes comme votre parenthèse.)
Ce qui est perdu de vue, aussi, dans de telles pratiques, c'est que la littérature est une sorte d'organisme vivant. Qu'on le veuille ou non et malgré les différences, on est tous un peu siamois dans cette affaire, et rien de ce qui se fait n'est sans conséquences pour les autres.
Réponse de PhA le 26/04/2011 à 20h33
Je découvre seulement ce soir (je manque d'assiduité ces dernières semaines) votre joute verbale magnifique en cliquant sur crise de la représentation.
On est là entre gens de qualité! Le calme des protagonistes me laisse admirative. C'est passionnant. En tant que lectrice je viens ici rajouter mon grain de sel; là-bas, c'est trop calé pour moi:) Eh bien, c'est jouissif de vous lire comme ça Philippe. Vous nous offrez-là un beau cadeau : l'écrivain qui répond du tac au tac sur le sujet qui nous passionne tous ici : la littérature. Votre interlocuteur a de la belle répartie. Je vais garder ce billet sous le coude, il mérite avec les commentaires une relecture. Tout de go (ça se dit encore cette expression?(0_0)) je crois que je suis à 50/50 en accord et désaccord concernant les auteurs que vous chérissez et ceux que vous... aimez moins (restons soft).
Et là j'applaudis à quatre mains:) : 
" Pour ma part j'ai tendance à penser qu'il n'est pas forcément juste d'aller dans le goût du public, mais qu'il vaut mieux amener le public à aimer aussi autre chose que ce qu'il aime déjà (et je reconnais volontiers que c'est un peu kamikaze)."
Je ris en lisant que vous serez le 1er mai aux Colères du présent!!!   Ca tombe bien!
 
Commentaire n°7 posté par Ambre le 26/04/2011 à 23h13
Merci Ambre. Oui, il est sain que de temps en temps un nouvel arrivant vienne remettre en question nos propres affirmations (même si dans l'ensemble je ne suis pas toujours si affirmatif) pourvu qu'en effet il ait des arguments, la patience de les exposer et moi le temps d'y répondre (c'est ce dont je manque le plus ces temps-ci) : c'est là qu'on se rend compte que des goûts (car au fond je crois c'était là la divergence) et des couleurs on peut très bien discuter !
Réponse de PhA le 27/04/2011 à 15h22

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