jeudi 19 janvier 2012

les matières ne sont pas conçues pour son corps


La femme blanche flotte dans ses vêtements. Sa silhouette, dedans, est floue, floutée. Les matières, coton, soie, velours, laine, cuir, cashmere ne sont pas conçues pour son corps et ne s’accordent pas à lui. Le corps n’entre pas, en contact, en résonance, avec les matières, il n’entre pas dedans. Dans les vêtements. Qui paraissent toujours, sur elle, mal taillés, mal ajustés. Et c’est pire quand c’est l’homme qui les choisit pour elle. Parce qu’il les choisit surdimensionnés. Non consonants et concordants avec elle. Non en fonction d’elle mais de la femme générique qu’il voudrait promener à son bras et à travers le monde. Et dedans, dans les vêtements de l’homme qu’elle s’oblige consciencieusement à porter, qu’elle porte scrupuleusement, qu’elle porte comme un scrupule et une contrition, dans ces vêtements-là, la femme blanche disparaît.
 
Bénédicte Heim, Je suis l’autre moitié de ton péché, Les contrebandiers éditeurs, 2013, p. 73-74.
 
(Je ne dis rien parce que j’aime laisser les textes parler d’eux-mêmes – mais je suis là quand même.)
http://lescontrebandiers.free.fr/CATALOGUE/Images%20catalogue/COUV/JeSuisLautreMoitie.jpg

 

 

Commentaires

Esprit, es-tu là ?

Commentaire n°1 posté par espace-holbein le 20/01/2013 à 12h03
On me demande ?
Réponse de PhA le 22/01/2013 à 16h17

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