lundi 27 mai 2013

Luc Ferry et moi, quoi.


http://cdn-lejdd.ladmedia.fr/var/lejdd/storage/images/media/images/politique/luc-ferry2/5173797-1-fre-FR/Luc-Ferry_pics_390.jpg
« La vérité, c’est que, en dehors d’une très courte période et d’un "modernisme" exacerbé propres au seul XXe siècle,  les artistes véritables et les écrivains  les plus authentiques n’ont jamais été des marginaux, méconnus et miséreux. » C’est Luc Ferry qui parle, celui-là même dont le talent incontesté lui a valu d’être payé pour un cours d’université qu’il n’a jamais assuré. Allez donc lire un peu ce que le Figaro vous autorise. Et d’enchaîner avec Picasso qui, certes… Il aurait pu citer Van Gogh aussi, mais non ; on se demande pourquoi. Bref, nous vivons une époque formidable où le talent authentique est forcément et grassement récompensé, et si vous n’entendez pas les espèces sonner à votre porte et trébucher dans votre escarcelle, ce n’est pas parce que vous êtes un incompris, mais parce que vous n’avez pas l’authentique génie de Marc Lévy (si indiscutablement génial que son dernier roman va être offert par Rachida Dati aux bacheliers du VIIe arrondissement – rappelez-vous). Que je me le tienne pour dit. Surtout moi, dont les droits d’auteur transforment par comparaison mon salaire d’enseignant en une authentique et permanente roue de la fortune (que je suis toutefois contraint de faire tourner à la main, ce n’est pas mon fantôme que l’on paie). Surtout moi qui suis, je vous l’avoue sans honte, pire écrivain encore que le dernier des derniers, car non content de compter les clopinettes gagnées sur les doigts de la main qui écrit, je mets en difficulté tous mes éditeurs : seul Quidam survit encore vaille que vaille mais non sans mal, Melville a fondu comme neige au soleil dès la parution de Par temps clair, quant aux éditions du Seuil, le succès d’estime d’Une affaire de regard les a si bien mises à mal qu’il a bien fallu les revendre à la Martinière dans la foulée. (D’ailleurs pendant que j’y pense, même Bordas qui à l’époque préhistorique m’avait commandé un parascolaire d’orthographe a dû être racheté par Havas dans les mois qui ont suivi sa parution.) Bref, on devrait m’interdire de publication. Renouveler avec un tel sans-gêne le cliché de l’écrivain maudit (car je suis maudit, je le sais bien), ça ne devrait pas être permis. C’est à peine si je mérite de vivre. Pourtant il y a encore quelques lecteurs, des fous, qui apprécient mon travail. Il y a même quelques éditeurs, des inconscients, qui ne craignent pas de me publier. Heureusement il y a Luc Ferry qui, en bon philosophe du capital, considère qu’il ne faut surtout pas aider la création, si elle vaut la peine ça se saura forcément, on a quand même dans ce beau pays une presse unanimement indépendante, curieuse de tout, qui sait débusquer les talents méconnus, comme Libération qui cette année nous a quand même fait découvrir Marcella Iacub et Christine Angot – nous rappelle Pierre Jourde sur son blog –, c’est vrai, de quoi se plaint-on, quoi.
(Entendons-nous bien : je ne suis pas non plus partisan de faire n’importe quoi avec l’argent public. Et personnellement je ne postule à aucune bourse ni à aucune résidence, considérant que d’autres auteurs en ont davantage besoin que moi. Ce n’est pas non plus une raison pour dire n’importe quoi – quoi.)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire