dimanche 30 novembre 2014

Les CoQuillages de Jean-Pierre Le Goff



Les éditions des Grands Champs qui nous avaient régalé l’an dernier de la merveilleuse Botanique parallèle de Leo Lionni nous propose cette année un nouvel objet d’émerveillement, lequel prend pour sujet un autre objet d’émerveillement. J’avoue que je n’en connaissais pas l’auteur, c’est pourquoi en bon élève je vous recopie sa présentation en quatrième de couverture : « Jean-Pïerre Le Goff (1942-2012), fils d’un marin perdu en mer, a très jeune fréquenté surréalisme, pansémiotique, banalyse et ’pataphysique. Dans chacun de ses écrits, l’évidence reste la même : le fil secret du monde est aussi ténu qu’infini, et immense est la joie de le tirer. » En l’occurrence, c’est de la coquille qu’il la tire, ou plutôt du coquillage, des coquillages, rares ou communs, ceux qui nous fascinaient enfants et ceux que nous n’osions pas imaginer, toute une collection sans doute, qu’on sent posée en face de lui, objets sur la table et objet de la pensée, sécrétion du mollusque disparu sécrétant à son tour un nouvel habitacle, ce livre CoQuillages :

« La plupart des notes de ce livre sont construites sur des enchaînements de pensées, souvent d’une viabilité ténue, mais qui n’en sont pas moins des raisonnements. Elles sont à l’image des coquillages qui semblent le produit d’une déduction de propositions, ou tout au moins d’une réflexion. Il est logique que ces textes calquent les processus perçus à la confrontation de l’esprit aux coquillages »

écrit Le Goff aux pages 162-163 de ces CoQuillages, donc, qui sont sans doute aussi probablement à l’origine du caractère bizarrement spiralé que je découvre à l’instant au développement de cette note même, que vous avez sous les yeux, vous étonnant de me voir tant tarder à vous signaler la coquille de ce titre, qui manquait au texte comme le mollusque à sa coquille déshabitée, et lui a été trouvée par son préfacier Didier Semin, coquille (et référence à Boris Vian de Le Goff à l’intérieur du texte) oblige, dont il ne faudra pas manquer de lire la lumineuse préface.

On aura compris que CoQuillages est tout à la fois un livre sur les coquillages et un livre sur notre rapport aux coquillages, livre aussi bien de nature que de culture donc, j’en pourrais prendre pour exemples quelques perles car en effet il y en est question, mais je préfère signaler le cône marmoreus de Rembrandt, rendez-vous page 50, qui ignorant la nature dextrogyre de l’enroulement de ce gastéropode, en réalisa une gravure fidèle dont l’impression mécanique le représentant en miroir en fait un coquillage imaginaire sans que la volonté de l’artiste y soit pour quelque chose. L’homme, frère du mollusque à son insu, prend conscience que sa conscience même obéit à des lois qui le dépassent.

Et puisque décembre arrive, c’est le moment de rappeler que CoQuillages est aussi un beau livre non seulement parce que c’est un beau livre, mais aussi parce qu’il appartient à cette catégorie aux somptueuses illustrations, qu’on aime à offrir à un lecteur précieux.

vendredi 28 novembre 2014

Mon jeune grand-père (60)



C’est donc sa deuxième carte, en tant que prisonnier. Très courte aussi : elle n’a qu’une chose à dire. Les mots eux-mêmes ne sont pas vraiment utiles, l’écriture suffirait. A dire : « Je suis vivant. » Elle est aussi écrite à l’horizontale, une mention imprimée en caractères gothiques y invite :

Geschrieben den………………………….191

Edmond a complété par 22 Mai et a rajouté un 6 après 191.

Mes chers Parents

Deux mots pour vous tranquiliser (La faute est récurrente, et il n’y a que sur ce mot qu’il y en a une. La tranquillité est une faute.) et vous dire que je suis prisonnier et toujours en excellente santé. Je vous embrasse tous bien forts.

Votre fils qui vous aime de tout son cœur

EAnnocque

Bien sûr, il n’a pas encore l’assurance que sa carte de la veille parvienne à ses parents. Deux précautions valent mieux qu’une. Deux précautions. En haut à gauche un tampon à l’encre rouge indique :

Ne pas répondre à Wahn.

Attendre des indications

ultérieures.

jeudi 27 novembre 2014

Un Poisson dans la cathosphère

Une fois n'est pas coutume, un peu de politique locale - pas si locale que ça. Jean-Frédéric Poisson, député de la 10e circonscription des Yvelines (la mienne, quoi), vote donc contre la résolution sur l'avortement et s'en explique. Ce qu'il oublie de dire, c'est qu'il croit ainsi tirer la leçon de son échec face à Anny Poursinoff en 2010, qu'il doit peut-être en partie (j'espère que non mais j'ai quelques doutes) au fait fait qu'il n'a pas été soutenu par les catholiques intégristes locaux, lesquels ne voient de différences entre l'UMP et le PS sur les questions de "bioéthique". La ligne de démarcation de notre Poisson est donc cousue de fil blanc, si j'ose dire. Je pourrais vous mettre un lien car la "cathosphère" est active sur Internet mais franchement je n'ai pas trop envie. Tapez entre guillemets "l'échec d'un idiot utile" sur Google si vous tenez vraiment à avoir un exemple.

mercredi 26 novembre 2014

Le franc parler de Nicolas

Il y a une chose que l'on ne peut pas reprocher à Nicolas Sarkozy, c'est sa franchise. On avait bien compris que le choix de ses collaborateurs (puisque c'est ainsi qu'il lui est parfois arrivé de parler de ses ministres) lui était dicté davantage par l'image qu'ils pouvaient donner que par leurs compétences ; le voici qui, soucieux de transparence, nous le clame à nouveau : Rachida Dati et Rama Yade ont été nommées en vertu de leurs origines, parce que "ça se voit". Au cas où on n'aurait pas compris. Voilà. Et je trouve ça très bien, qu'il le dise, puisqu'il le pense. Comme ça on sait, si on ne savait pas déjà.



lundi 24 novembre 2014

Le casque et la plume



La guerre est déclarée. Rendez-vous compte : un écrivain majeur qu’on avait pour certains réussi à tenir depuis plus de trente ans dans une relative obscurité et pour d’autres ignoré complètement sans se poser de questions s’est vu attribuer l’un des prestigieux prix littéraires de l’automne, auxquels plus personne ne croit mais qui dans l’ensemble permettent de donner l’illusion au plus grand nombre que la littérature française contemporaine ce serait ceci, alors qu’en fait non pas du tout. Je n’en trouve plus mes mots. Le temps que je les cherche, écoutez donc le Masque et la Plume évoquer le prix Médicis de Volodine, vous comprendrez. Et puis tiens,  lisez ce qu’en dit Claro, qui a dégainé avant moi.
***
Bon. (J’écris en direct, hein.) Je vois qu’un commentateur du Clavier cannibale dit que cette émission lui a donné envie de lire Terminus radieux. Il a deux fois raison, dans son envie bien sûr et aussi en affirmant que cette émission peut donner envie de lire le livre. Le meilleur défenseur malgré lui dans cette affaire étant sans doute Arnaud Viviant, dont l’étalage de bile est tel qu’il laisse lire entre les lignes. C’est clair qu’il se passe quelque chose d’inadmissible à ses yeux. Sa vulgarité parle d’elle-même, et c’est dommage que la plupart des auditeurs ne puisse pas la mettre en regard avec la discrétion et de la modestie de Volodine lors de ses apparitions en public. Que Volodine puisse susciter tant d’aigreur, ça intrigue. Que le lecteur ne se laisse pas arrêter non plus par Jérôme Garcin, qui trouve le livre difficile. Visiblement cet homme est fatigué, ça peut arriver à tout le monde. Volodine est un auteur à coup sûr différent mais vraiment très accessible, et Terminus radieux (qui, rappelons-le, doit quelque chose à Ilia Mouromietz et le rossignol brigand de son hétéronyme Elli Kronauer, publié à l’Ecole des Loisirs, mais oui, même les enfants peuvent lire Volodine) est au contraire l’un des livres les plus accessibles de son auteur, et c’est d’ailleurs sans doute ce qui a emporté la décision du jury : c’est une très bonne entrée dans l’univers de Volodine pour les lecteurs qui ne le connaîtraient pas encore. Un petit mot quand même pour Olivia de Lamberterie, pour qui personne n’a lu Volodine, carrément : on retrouve là ce trait magistral de l’ignorance érigée en guise d’argument, cher aussi par ailleurs à Patrick Besson et à Etienne de Montéty ; on peut la féliciter.


dimanche 23 novembre 2014

citations citées


LE DISCIPLE : Maître, comment pouvez-vous rester silencieux quand le monde est si plein d’injustice ?

LE MAITRE : Disciple, ne crois pas que je me taise. Simplement, je ne dis rien.

p. 32


LE DISCIPLE : Peut-on jouer à un jeu dont on ignore les règles, maître ?

LE MAITRE : Donne-moi un chiffre de un à trois, disciple.

LE DISCIPLE : Trois, maître.

LE MAITRE : Quatre. J’ai gagné.

p. 35




LE DISCIPLE : Est-ce parce que les animaux ne savent pas qu’ils sont des animaux qu’ils sont des animaux, maître ?

LE MAITRE : Demande-toi plutôt pourquoi, sous prétexte qu’un animal saurait qu’il est un animal, il cesserait d’en être un, disciple.

p. 48


LE DISCIPLE : Il me semble que la faculté de citer est un substitut commode à l’intelligence, ô maître.

LE MAITRE : Oui, disciple, mais le problème est que tu cites ici Somerset Maugham.

p. 71


LE DISCIPLE : Maître, si la laideur est un guet-apens que la nature tend à la raison, la laideur est-elle un rendez-vous que la culture donne à la folie ?

LE MAITRE : Disciple, repose ce fichu dictionnaire des citations et réfléchis par toi-même.

p. 102

J’ai mis des numéros de page pour bien montrer que je citais Hervé Le Tellier dans Demande au muet, 115 dialogues socratiques de qualité qui paraissent tout juste aux éditions Nous.


samedi 22 novembre 2014

Hublot de l'homme (7)



L’homme est un serpentaire à qui l’on fait facilement avaler toutes sortes de couleuvres.


L’homme est un martin pêcheur à l’occasion.


L’homme est un édenté tardif.


vendredi 21 novembre 2014

Hublot domestique : étages



On n’arrête pas le progrès : le même escalier monte à l’étage et descend au rez-de-chaussée.


Certes l’un s’encombre tandis que l’autre reste désert, mais c’est anecdotique : les premières lettres du plafond et du plancher sont là pour nous rappeler qu’ils sont nés siamois.


Ne croyez pas me faire taire en appuyant sur l’interrupteur.



mercredi 19 novembre 2014

Mon jeune grand-père (59)



Voilà. Je ne sais pas quel pataquès j’ai fait avec ces cartes, en tout cas me voici arrivé au début. Au moins ce début n’était-il pas la fin que mes arrière-grands-parents ont crainte jusque-là. La fin n’était pas pour tout de suite. Elle a été différée, le temps quand même qu’Edmond devienne deux fois père, faute d’être jamais grand-père.
Cette carte, de la main d’Edmond, est différente de toutes celles que j’ai recopiées à présent. Sa lecture est aisée. L’écriture n’est pas serrée, contrairement à celles qui suivront, la carte est à l’horizontale. Au lieu du crayon à papier, c’est une encre noire qui tire un peu sur le violet. Edmond s’autorise même une marge à gauche.
Le 21 mai 1916. Dimanche
Mes chers Parents,

Tranquilisez-vous (un l manque) sur mon sort. Je suis sorti indemne de ce terrible combat. Les phrases, très courtes, sont compensées par l’application de l’écriture, dont l’élégance semble là pour rassurer mieux que ne le feraient les mots. Mais je suis prisonnier. Les Allemands ont beaucoup d’égards pour nous, officiers. (Encore une fois, dans la mémoire du petit-fils, des images de la Grande Illusion.) Je ne sais pas encore où l’on nous conduit. A partir d’ici, Edmond réduit ses interlignes, conscient qu’il aura un peu plus à dire qu’il ne le croyait, comme si la possibilité d’écrire appelait l’écriture. J’espère pouvoir vous donner bientôt mon adresse. « Mon adresse ». Il réutilisera dans sa correspondance, on s’en souvient peut-être, cette expression qui sent la villégiature. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang. Je vous embrasse bien fort et tout mon cœur (« de » manque). Votre fils qui vous aime bien. EAnnocque

mardi 18 novembre 2014

Fictions botaniques, de Leo Lionni à Julien Nouveau



Pour voir, je tape sur Google « fiction non narrative » mais sans les guillemets. On me renvoie à non-fiction narrative. Ce n’est pas du tout ce que je cherche, alors je mets les guillemets, et bien sûr les occurrences se raréfient, surtout si je me limite à la langue française. On tombe sur quand même des choses intéressantes où l’on se plongerait volontiers si l’on n’était rattrapé par des nécessités que pour faire court on qualifiera de temporelles.

Bref, donc. Mais fiction non narrative, ces mots me parlent puisqu’ils me sont venus. Je vois la chose un peu partout, y compris dans des romans complètement, assurément, assumément narratifs. Même Harry Potter, par exemple, dont l’histoire ne m’intéresse pas tellement depuis que j’ai compris, un peu tardivement certes, que ce n’était pas vraiment l’histoire d’une école qui n’arrive pas à pourvoir une chaire professorale, est potentiellement tout plein d’une fiction non narrative dans sa description d’une école anglaise où les règles sont un peu différentes – mais à peine – de ce qu’on en connaît par ailleurs. (La vie quotidienne à Poudlard, sans aventures, j’avoue que j’aime bien. Je ne dois pas être le seul, à en juger par la traduction française du titre du premier tome : Harry Potter and the philosopher’s stone devenu plus prosaïquement ou plutôt moins narrativement Harry Potter à l’école des sorciers.)

Moins narrativement, mais tout aussi fictivement. Et lorsque la fiction ose se débarrasser carrément de la narration, qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, par exemple, le Michaux du Voyage en grande Garabagne ou le même déguisé en zoologue spécialiste de la darelette ou de l’émanglom dans la Nuit remue, ou bien carrément la formidable et trop méconnue Botanique parallèle de Léo Lionni, ou encore, puisque la botanique est une science qui décidément ne fait pas rêver seulement les botanistes, ce petit livre dont je viens de terminer la lecture et qui ne saurait lui non plus se classer parmi les genres traditionnellement recensés : Eloge des arborinidés, de Julien Nouveau, récemment paru aux éditions Intervalles et qui recense, nous annonce honnêtement la quatrième de couverture, « des espèces d’arbres imaginaires, inconnues de nous et pourtant étrangement familières ».

Les lecteurs de ce blog qui se souviennent de ma présentation de la Botanique parallèle seront peut-être frappés par la similitude du projet de ce livre avec celui de Léo Lionni, publié aux éditions des Grands champs. Non seulement les deux ouvrages traitent de plantes qui n’existent que dans l’imagination des auteurs, mais les deux vont jusqu’à mimer l’ouvrage de botanique dans son iconographie variée. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Autrement dit : les deux ouvrages appartiennent au même genre, celui de la fiction botanique ; ils n’en sont pas moins profondément différents. Léo Lionni pousse la fiction – le faire semblant – jusqu’à s’effacer le plus possible : dans un ouvrage de botanique, l’auteur disparaît derrière son sujet. Les différentes voix qu’il fait résonner (celles du savant, de l’explorateur, de la légende locale) tendent à gommer l’auteur qui n’est plus qu’un nom sur la couverture. J’aurais bien aimé faire lire Lionni à Flaubert, tiens. Julien Nouveau, au contraire, pratique la botanique fictive sur un mode lyrique. Il n’hésite pas à dire je. Sa voix est celle d’un jeune homme d’un autre temps qui s’émerveille d’un monde où tout est encore à découvrir. Autour de lui, tout est plein d’âme, dirait le poète. C’est ainsi que les arbres qu’il décrit sont autant de caractères, autant de tempéraments. Ce qui me touche – bien loin moi-même d’être insensible aux sciences –, c’est précisément l’association de cette nature lyrique avec la science elle-même, qui va jusqu’à rendre nécessaire la présence d’un glossaire en fin d’ouvrage.

Les premières lignes donneront une idée de ce à quoi ressemble cet Eloge des arborinidés de Julien Nouveau (et puis, je l’avoue, j’ai un faible pour cet Arvorebera) :



« L’arvorebera, « arbre-radeau » – ou medisilha, « arbre-île » –, fugueur-né, se voue à l’échappée des rives. Il pousse en zones estuariennes, aux abords des fleuves soumis à l’incessant balancement des marées. Habitant de berges caressées par l’eau de mer, cet arborinidé est pourvu d’empattements et de solides contreforts, laissant moins l’impression d’un tronc que d’une coulure de bois fondu s’étalant sur le sol. Solidement arrimé à la rive qu’il quittera, l’arvorebera respire pleinement malgré l’ennoiement de son pied, grâce aux nuées de ses racines aériennes, éparses autour de lui et tombant de ses branches, ainsi que les figuiers étrangleurs en pluvinent. »



Déjà embarqué avec l’arvorebera mais sans oublier mes propres notions de botanique, je me permets de préciser que la respiration de l’arvorebera est sans doute aussi grandement facilitée par les abondants pneumatophores de ses racines d’abord souterraines avant d’être sous-marines, où viendront se fixer, au cours de son voyage, d’audacieux lamellibranches.

lundi 17 novembre 2014

anatomie de la lettre



Le gros Q a une petite queue recourbée, le petit q en a une longue et droite.

dimanche 16 novembre 2014

samedi 15 novembre 2014

Une feuille est tombée



Histoire de faire tourner un peu la blogosphère je participe, une fois n’est pas coutume, à une ronde des blogs thématique qui cette fois est plutôt une ronde des feuilles. Ces Hublots accueillent donc Guy Deflaux tandis que je m’en vais écrire chez Quotiriens.

 

Et voici le détail de la ronde :

Hélène Verdier loin de la route sûre louisevs.blog.lemonde.fr
écrit chez...

Danielle Grekoff MINE DE RIEN dangrek.blog.lemonde.fr
etc.

Céline Gouël MESESQUISSES mesesquisses.over-blog.com

Jean-Pierre Boureux Voir et le dire, mais comment ? voirdit.blog.lemonde.fr

Dominique Boudou Jacques Louvain dominique-boudou.blogspot.fr

Guy Deflaux Émaux et gemmes des mots que j'aime wanagramme.blog.lemonde.fr

Philippe Annocque Hublots hublots2.blogspot.fr

Franck Bladou quotiriens quotiriens.blog.lemonde.fr

Cécile Ruban cécile-r cecile-r.over-blog.com

Elise Lamiscarre Même si mmesi.blogspot.fr/

Gilbert Pinna le blog graphique gilbertpinnalebloggraphique.over-blog.com

Dominique Autrou la distance au personnage dom-a.blogspot.fr

jeudi 13 novembre 2014

Le 16 novembre a lieu le 11. Ou le contraire.

Dimanche 16 novembre, je serai rue du 11 novembre puisque c'est là que se tient le salon du livre des Essarts-le-Roi, accompagné de Vie des hauts plateaux, Rien (qu'une affaire de regard), Dans mon oreille, sans oublier Liquide et Monsieur Le Comte au pied de la lettre. Au moins.


mercredi 12 novembre 2014

Claro au Clavier, Annocque aux manettes



Cette annonce de concert pour vous faire entendre la voix de Claro qui a lu ma Vie des hauts plateaux. C’est sur son Clavier Cannibale, et ses dernières lignes me laissent clairement entendre que le « lecteur même lettré » de ma quatrième de couverture et qu’il incarne sans peine peut aussi en cacher un « plus jeune peut-être ».
Mais n’en disons pas plus – sinon bravo à l’homme-orchestre ! 


mardi 11 novembre 2014

Mon jeune grand-père (58)



Faut-il que je recopie celle-ci aussi ? Elle n’est pas de la main d’Edmond. Mais elle est avec, dans le même paquet ; elle a délibérément été conservée avec ses cartes. Ce n’est pas une carte d’Edmond, ce n’est pas la voix d’Edmond. C’est le silence d’Edmond dont mes arrière-grands-parents ont tenu à conserver le souvenir.
Elle n’est pas manuscrite, bien sûr. Sauf la date : 30 - 5. (1916 n’est pas précisé) et en dessous : le Sous-Lieutenant Annocque Edmond, sur les lignes prévues pour l’identité du disparu.

Genève, date du timbre postal.

Nous avons l’honneur de vous accuser réception de votre lettre 30 - 5 concernant le Sous-Lieutenant Annocque Edmond
Nous vous communiquerons les renseignements demandés aussitôt que nous les aurons reçus. Jusque-là notre silence signifie que nous ne savons encore rien, mais notre enquête continue néanmoins.
Chaque fois que l’on renouvelle une demande relative à un disparu, il est indispensable de rappeler ses nom, prénoms grade, unité (corps, régiment, bataillon etc.), l’inscription figurant sur sa médaille, la date et le lieu de sa naissance.
Nous recommandons très spécialement :
1° De rédiger les demandes clairement et brièvement, d’écrire très lisiblement, surtout les noms et les chiffres.
2° De ne traiter qu’un cas dans chaque lettre.
3° D’indiquer très lisiblement l’adresse complète du demandeur.
Avec considération distinguée.

Agence Internationale des Prisonniers de Guerre

A gauche de la carte, écrit verticalement dans un corps plus petit mais souligné on peut lire :
Les services de notre Agence sont entièrement gratuits. – Les dons sont reçus avec reconnaissance.

lundi 10 novembre 2014

il recueille ses notes



il recueille ses notes
pour en faire un cargo
une vague un écho
un souffle d’alizé
un temps de calme plat

mais pas une tempête
ce n’est pas nécessaire
ni même utile à quoi



Jean-Claude Pirotte, Une île ici, Mercure de France, 2014, p. 48.


samedi 8 novembre 2014

ma nouvelle soirée d’hier



Parfois les soirées se ressemblent mais on ne va pas s’en plaindre quand elles sont aussi bonne la mienne d’hier. C’était encore une fois grâce à Christophe Brault et Eric Chevillard, comme le 5 avril dernier qui me faisait écrire le 6 (parce que parfois je dors) (je recopie parce que c’est fini les liens, les gens ne cliquent plus), qui me faisait donc écrire après une forcément bonne quoique sans doute courte nuit de sommeil :

« Etre bien lu, c’est aussi parfois du direct, et même carrément du spectacle. Hier à la Maison de la Poésie le comédien Christophe Brault lisait Eric Chevillard et c’était épatant. La puissance comique de textes essentiellement littéraires portée par l’immédiat de l’oralité, un grand moment. On attendait bien sûr le désordre AZERTY et c’est par là que Christophe Brault a commencé – à la lettre C évidemment –, mais c’est tout un panorama de l’œuvre de Chevillard auquel nous avons eu droit : j’y ai reconnu aussi Péloponnèse, Dino Egger, Sans l’orang-outan, Oreille rouge, Iguanes et moines, Scalps, j’en oublie peut-être, mais oui : évidemment l’Autofictif (y compris du tout frais – non mais franchement appeler sa fille « Hop », hein, je vous demande). Mais mais mais je l’avoue je le reconnais non sans honte moi qui promenais partout ma prétention à connaître mon Chevillard sur le bout des doigts je n’ai pas reconnu un passage. Or on me souffle (j’appelle « on » une source a priori digne de confiance) que ledit passage non seulement n’est pas apocryphe (vous n’êtes pas sans savoir qu’une partie non négligeable de l’œuvre d’Eric Chevillard est en fait de la main de Thomas Pilaster) mais qu’on peut le lire aux pages 192 à 195 des Absences du Capitaine Cook. C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Ça veut dire que je l’ai lu en effet, ou plutôt qu’un autre moi-même forcément, tout juste renaissant à la lecture, l’a lu au printemps de l’an 2001, c’était son premier Chevillard et pas seulement – et a bien envie de s’y remettre. En effet, cette absence inhabituelle dans ma lecture ne peut avoir qu’une seule signification : je suis le Capitaine Cook. »

Les mêmes interprète et auteur donc mais non les mêmes textes, il y a de quoi chez Chevillard, on en veut encore ; d’ailleurs je n’étais pas le seul à le dire. Pas les mêmes textes sauf deux quand même, reprises bissées de la première ; l’un était le mémorable « Pascale Frémondière et Sylvie Masson » de Scalps (le premier Chevillard chez Fata Morgana, il y en a comme ça six autres à découvrir et j’y reviendrai moi-même bientôt) ; quant à l’autre, nul doute qu’il était là pour me rafraîchir la mémoire. Mais cette fois j’aurais presque pu dire les pages. Mais oui : 192 à 195.

vendredi 7 novembre 2014

Teasing très longue distance



Il vous suffit de lire le numéro de novembre du Matricule des Anges pour savoir (notamment) comment ne s’appelle pas mon prochain Quidam.


Cest peut-être loccasion douvrir un hublot des livres à venir.

mercredi 5 novembre 2014

Le nain tousse ce soir à Saint-Quentin.



Vous ne le savez pas encore mais vous êtes invités ce soir. Mais reprenons les choses dans l’ordre. J’aime beaucoup le travail de Marc Giai-Miniet. Son travail d’emboîteur notamment, dont j’avais photographié quelques exemples pour mes précédents Hublots et que je n’ai pas encore eu le temps de rapatrier ici (mais si vous avez adblock n’hésitez pas y retourner faire un tour), travail qui d’ailleurs n’est pas sans parenté avec l’univers post-exotique à l’honneur aujourd’hui, et aussi son travail de peintre et de graveur. Or figurez-vous que c’est un amour réciproque et que j’ai été sollicité pour participer à sa collection des éditions du nain qui tousse, cliquez donc pour en savoir plus. Le résultat est beau à la vue et au toucher, et en plus on peut le lire. La Maison de la Poésie de Saint-Quentin en Yvelines organise à cette occasion une exposition dont le vernissage à lieu demain soir, et voilà pourquoi vous êtes invités. Cliquez plus bas sur l’invitation pour les détails.




mardi 4 novembre 2014

Médicis radieux



Terminus radieux d’Antoine Volodine vient d’être récompensé par le Prix Médicis. Cette improbable nouvelle est avérée. Maintenant que j’y repense, ce prix littéraire qui risque de finir par mériter son qualificatif s’était déjà distingué il y a deux ans en distinguant Féerie générale d’Emmanuelle Pireyre.

Le passage obligé de mes Hublots sur cette nouvelle plateforme a ceci de positif qu’elle m’autorise plusieurs libellés par billet, ce qui m’a donné l’occasion de rassembler dans une même catégorie tous mes billets ayant trait à la représentation de la littérature – car à mes yeux ce n’est pas la littérature qui est en crise dans notre pays mais sa représentation. Une série de billets plus noirs que doux auxquels celui-ci viendra donner un radieux contrepoint.

Car Terminus radieux, tout de même, quel bonheur ! (Je parle de sa lecture, hein. J’en parlais ici même, d’ailleurs, rappelez-vous.) (Et plus récemment, pendant qu’on y est, des relations qu’entretient ce grand roman avec la petite byline d’Elli Kronauer : Ilia Mouromietz et le rossignol brigand.)

lundi 3 novembre 2014

C’est beau la vie.



Comme c’était dimanche, à tout hasard, j’ai sonné et je suis entré. Il y avait une fille dans cette maison-là, une brunette un peu ronde avec une casquette, qui écoutait de la musique. Je l’ai complimentée sur la musique, sur la maison ; je lui ai raconté des blagues, je lui ai fait des grimaces ; ça tombait bien : elle avait le sens de l’humour. Nous avons fait connaissance, j’ai compris qu’elle était célibataire. Je lui ai fait des compliments, je l’ai draguée un peu, et puis je l’ai embrassée. Elle était d’accord. Après quelques câlins, je lui ai proposé de se fiancer avec moi. Elle avait l’air très émue. Ensuite je l’ai demandée en mariage, mais elle m’a ri au nez. Alors je lui ai mangé son hot-dog et j’ai pris une douche dans sa salle de bain. Je me suis allongé sur son lit et je l’ai invitée à me rejoindre. Elle est arrivée tout de suite, mais elle s’est mise en chemise de nuit et s’est endormie aussitôt. C’est vrai qu’il était tard. Au moins j’avais un lit pour dormir (j’ai acheté une grande maison mais distrait comme je suis j’ai oublié de m’acheter un lit). Le matin je me suis réveillé et nous nous sommes dépêchés de faire l’amour avant qu’elle parte au travail. Et puis je suis reparti pour de nouvelles aventures.

Vie des hauts plateaux, p. 21.

C’est officiel : Vie des hauts plateaux est disponible dans toutes les bonnes librairies, et aussi sur le site des éditions Louise Bottu. Il paraît que c’est du même auteur. J’ai bien envie de le lire.


dimanche 2 novembre 2014

Hublot de l'homme (6)



L’homme est un fourmilier au régime.

L’homme est un mammifère supérieur parce que la femme a un utérus.

L’homme est un omnivore comestible.



samedi 1 novembre 2014

Hublot domestique : la chambre (2)



Le lit est un meuble qu’on doit faire tous les jours. L’armoire et la commode heureusement sont moins exigeantes.



Grâce aux progrès en matière d’isolation, on peut être isolés à plusieurs.



La penderie permet de se suicider avec plus d’intimité pourvu qu’on ne soit ni trop grand ni trop corpulent.