lundi 30 novembre 2015

Ne proclame pas tes buts.

Ne proclame pas tes buts. Même et surtout si tu les vois, ou crois les voir. Au départ déjà, te restreindre !

Henri Michaux, Poteaux d’angle.


dimanche 29 novembre 2015

Chers océanographes



Paris, le 28 déc. 1999, 12h


Chers océanographes,

Paris-Saint-Germain n’est pas la capitale de la France. Tant s’en faut.
Paris tout court est une ville étrange. Les rues sont plutôt bien éclairées mais, le soir, une multitude de cyclistes et de rollers naissent de la nuit et y retournent.
Interrogés, les Parisiens disent ne pas se soucier de la terrible bataille PSG – Lyon du 11 janvier, ni se souvenir de la défaite devant Auxerre.


Hubert Lucot, Dans l’enfer des profondeurs, éditions de l’Attente, 2004, p. 17.


samedi 28 novembre 2015

Mais que se passe-t-il par ailleurs ?



ANASTASIE.



Et pendant ce temps-là, que se passe-t-il de l’autre côté de la rivière Mobassa ?



L’ACTEUR FUYANT AUTRUI.



Regagnant leur territoire, les forces transitoires des insurgés Galistres, alliées aux forces multicolores réducticéphales, viennent de mettre fin à la honteuse domination des Peuploditacés dans le bourg de Vilinice-Caramban où le bruit court déjà que s’est répandue la rumeur qu’en vain et en vain ! les forces Naninoïdes viennent de se porter au secours des malheureux habitants des faubourgs ouest de Burthro.



LE VALET DE CARREAU.



Il est huit heures trente-deux : la COGI-FRANCE vient d’établir un contrat de soixante-dix mille Valousiat-or avec le CREPICAPAD ouest-ouest ; dans la nouvelle capitale de Lomaniarev-Pablanta, les énucléés se comptent désormais malheureusement hélas par dizaine de milliers ; à l’occasion des fêtes annuelles de la Bobancrassserie, plusieurs Mam’loubouchi se sont tranchés à la gorge puis pelés au couteau – et ils se comptent par plusieurs centaines de mille dont les cinq mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit pour cent des dix-huit doigts rescapés ont été méthodiquement arrachés ; il est quatre-vingt-dix heures vingt et une vingt-quatre : les indicateurs de l’indice POULAMBOT-DUCHENE viennent enfin d’obtenir la parité avec l’indice des laboratoires PANACOTAL.



LA FEMME PANTAGONIQUE.



Mais que se passe-t-il par ailleurs ?





Valère Novarina, L’opérette imaginaire, POL, 1998, p. 36-37.


vendredi 27 novembre 2015

jeudi 26 novembre 2015

Pas Liev et les Grandes Ecoles

La vie est étrange. C'est Liev qui souffre d'un terrible besoin de reconnaissance et c'est Pas Liev qui se retrouve sélectionné, en belle compagnie, pour le Prix Littéraire des Grandes Ecoles 2016.

mercredi 25 novembre 2015

Marco Pantani a débranché la prise



Les champions sportifs ne sont pas seulement des champions sportifs. Ils deviennent, dans un imaginaire qui n’est pas seulement collectif, quelque chose qui n’existe pas. Des héros. Epiques, tragiques ; les deux parfois. Jacques Josse en fait l’expérience en retraçant la trajectoire de son Marco Pantani. Je dis « son » car chaque amateur de cyclisme a sa propre représentation de chaque coureur. Mais pour tous, Pantani a indiscutablement été le meilleur grimpeur de son temps, le « pur grimpeur ». Et celui qui a gagné le dernier Tour de France avant Armstrong, autrement dit avant que je me désintéresse du cyclisme. Le « pur grimpeur » est sans doute de tous les cyclistes, de tous les sportifs peut-être, le plus propre à incarner notre désir d’héroïsme. Il monte, et il est seul. Dès lors, le simple récit factuel de son ascension prend des airs d’épopée. Il ne pèse presque rien. Il est fragile, en fait. « Il tombe souvent », dit-on de lui, et à lire cela à rebours on a l’impression que la chute est son destin. Car il n’y a qu’un sommet pour le grimpeur, le dernier : ce Tour de France 1998 qu’il remportera et après lequel tout n’est qu’une tragique descente. Emporté par une pente qu’il dévale en moins de six ans, jusqu’à la mort, overdose de cocaïne. Un vrai gâchis. Quelle tragédie n’est pas l’histoire d’un gâchis.

Marco Pantani a débranché la prise, et Jacques Josse a raconté comment, et c’est paru aux éditions La Contre Allée.


mardi 24 novembre 2015

Pittau et Tête-Dure



Tête-Dure est, me semble-t-il, le premier roman de Francesco Pittau, lequel publie pourtant depuis des années – car la littérature, ce n’est pas nécessairement le roman. Moi, mon premier Pittau, je l’ai lu à haute voix à son propriétaire, qui en était empêché à l’époque. Il vient d’avoir son permis, c’est dire si le temps passe, mais il se souvient parfaitement de C’est méchant. « C’est méchant », Tête-Dure a dû se l’entendre dire, pour qu’on le surnomme ainsi. Sa mère avait d’ailleurs hésité avec Cœur-de-pierre. Tête-Dure a six ans, vit avec ses parents, immigrés italiens, dans une HLM belge, et dans son imagination, qu’il a belle et triste.
Francesco Pittau est un écrivain économe. Dire cela n’est pas nécessairement de ma part un jugement de valeur : je ne suis pas un chantre de la simplicité ni de l’économie de moyens – pas plus que de la débauche de ceux-ci ni de la complexité recherchée, d’ailleurs. S’il y avait une seule manière de toucher juste ce serait triste. Mais Pittau est économe et touche juste. Econome de temps, il inscrit son récit dans les vingt-quatre heures d’un début de week-end. Pas plus. Econome en péripéties, l’intrigue se résout à cet unique samedi, dont on a le sentiment – terrible – qu’il est à l’image de nombreux autres. Econome en style, on sent que l’auteur a une sainte horreur, pardon, une saine horreur de tout ce qui n’est que décoratif. Le point de vue interne de l’enfant est l’angle unique de la prise de vue, dans le champ de laquelle s’agitent essentiellement les parents. Avec une petite distance tout de même : on est légèrement au-dessus de Tête-Dure, de manière à le voir un peu lui aussi – d’où le choix de la troisième personne – et à deviner ce que le jeune enfant ne fait sans doute que pressentir. Econome enfin dans l’expression des sentiments ; Tête-Dure ne pleure jamais, Pittau non plus (la plume à la main en tout cas), et bien sûr c’est aussi ce qui rend ce court roman terriblement émouvant.
Tête-Dure est paru récemment aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune.


lundi 23 novembre 2015

Bertina tire le fil



Reprise de nos émissions littéraires. Le Salon de l’Autre Livre n’a duré que l’après-midi d’un 13 novembre, mais j’ai quand même eu le temps d’y faire quelques emplettes. Des lions comme des danseuses, d’Arno Bertina, paru cette année aux éditions La Contre Allée, est une fiction audacieusement prophétique puisqu’elle se passe l’an prochain notamment. L’auteur tire un fil et comme dans cet album de Oui-Oui dont la lecture avait traumatisé ma dernière année de maternelle c’est le pull entier qui se détricote, rendez-vous compte : l’Europe devient gratuite ! Cela grâce au roi d’un village du pays bamiléké, au Cameroun, lequel a l’idée d’intenter une procédure contre le Musée du quai Branly afin d’en obtenir la gratuité pour ses concitoyens, qui ne vont pas quand même pas payer pour voir les œuvres de leurs propres ancêtres (œuvres que décrit le titre, avec cette grâce propre à tous les titres Bertinaïens). C’est une fable, d’où sa brièveté, son humour aussi, et c’est aussi une vraie question, à l’heure où des pays en proie au pillage de leur patrimoine se trouvent amenés à demander qu’on conserve en Europe, au moins pendant un temps, les œuvres d’art volées et saisies par la douane. 

samedi 21 novembre 2015

crawl



Le crawl – pas celui des courses entre copains ni des compétitions, non : celui qui fend l’eau comme un métronome quand on a trouvé le rythme à tenir – a quelque chose d’implacable. On pourrait continuer comme ça jusqu’après la fin du monde.

vendredi 20 novembre 2015

les chaussettes

Le matin, on ne devrait pas mettre de chaussettes propres. Comment espérer y retrouver le moral, oublié dans une autre paire, disparu dans la machine ?

jeudi 19 novembre 2015

amis levant un verre



Le monde est petit. Tout petit, même. On s’y croise à tous les coins de rue. Eh bien figurez-vous que le Monde aussi, attendez que je vous raconte, c’est un peu personnel mais ça vaut quand même la peine. Vous vous rappelez peut-être que, la semaine dernière, Pas Liev a eu les honneurs du Monde des Livres, dans la chronique d’Eric Chevillard. Ou plutôt je vous le rappelle car vous avez sûrement oublié, moi-même il faut que je me force un peu. Un message amical d’hier soir m’y renvoie, et attire mon attention sur cette page du Monde, que tout de même je ne suis pas tout seul à occuper. Égoïstement, je n’y avais jeté qu’un coup d’œil distrait ; la taille de l’égo est la faiblesse de l’homme. Et pourtant, juste sous Liev et moi, je vois d’abord Montaigne, qui vole un peu la vedette, c’est la loi du genre, à son biographe, lequel, ne tardé-je pas à lire, est un certain Christophe Bardyn. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais à moi ça m’a fait tout drôle. Mon cher Christophe, j’ai toujours quelque part une belle photo de toi, assis sur l’absence de toit d’une maison inachevée, quelque part en Crète, sur fond de mer. C’est la première chose que je me suis dit. Et ensuite, je me suis dit Mais au fait, et j’ai ouvert mon exemplaire de Mémoires des failles. La septième pellicule du quatrième album. J’en recopie juste le titre :

Montagne, voiture miniature, faune (locale ?), amis levant un verre.

Voilà : amis levant un verre. Mémoires des failles a beau être un album de souvenirs de choses que je n’ai pas vécues, celles-ci n’en sont pas moins rigoureusement authentiques, autant que puisse l’être toute chose écrite. Les amis cités y sont nommés, deux d’entre eux tout au moins, l’un des deux est l’auteur de l’heureux message qui a attiré mon attention, quant à l’autre c’est Christophe, qui nous fournit l’occasion d’encore une fois lever un verre, à presque trente ans de distance (en réalité nous sommes un peu plus que trois, et d’ailleurs nous venons d’être rejoints par Montaigne et La Boétie) à la parution de son premier livre, une nouvelle biographie de Montaigne intitulée Montaigne, la splendeur de la liberté, publiée par Flammarion.

mercredi 18 novembre 2015

Chez Elsa avec Pascale

Dimanche prochain à 15 heures, j'aurai le plaisir, que dis-je, le bonheur de m'entretenir avec Pascale Petit, en résidence à la Maison Elsa Triolet-Aragon, à Saint-Arnoult-en-Yvelines, à propos de sa résidence et de ses récentes parutions. Venez nombreux, et si vous ne connaissez pas le moulin d'Elsa et son parc venez donc encore plus nombreux. Voilà.

mardi 17 novembre 2015

Pas la voix de Liev

Donc j'ai été invité par Anne-Vanessa Prévost à lire les toutes premières pages de Pas Liev pour les Bonnes Feuilles, sur France Culture. C'était diffusé hier mais si vous avez quatre minutes vous pouvez encore écouter ça en cliquant ici.


lundi 16 novembre 2015

Et merci aux vivants



Parce qu’on ne va pas raconter sa vie ni celle d’autrui mais quand même. Il y a aussi des gens qui ont sauvé leur vie, qui sont mal en point et qui croient avoir sauvé seulement leur vie. Ils se disent peut-être qu’ils ont juste eu de la chance, ils ont sûrement du mal à se le dire aussi mais quand même, ils s’en veulent peut-être même de n’avoir sauvé que la leur, de vie, ils se disent qu’ils n’y sont pour rien, que c’est l’instinct de survie qui a agi à leur place. Peut-être. Mais ils ont tous sauvé bien plus qu’une seule vie. Ils ont sauvé la vie au moins de tous ceux qui les aiment. Ils ont sauvé la vie. Merci à eux.

dimanche 15 novembre 2015

Liev quand même (ou pas)



Il doit me rester trente ou quarante copies à corriger. C’est très bien. On fera en sorte que chaque bonne note soit un sujet de réjouissance. Comme du ciel bleu au-dessus de notre tête.
D’ailleurs, des sujets de réjouissance, je n’en manque pas. Depuis le Monde, oui, celui de vendredi, Pas Liev a encore eu de belles recensions. Ce qui est beau aussi, c’est qu’elles ne se ressemblent pas. C’est important pour moi parce que je veux dire des choses qui ne soient pas arrêtées. Alors donc il y a sur Libr-Critique un très bel article de Bruno Fern, cliquez donc, et sur Racines un autre d’Anne V., cliquez aussi. Et puis sur Paludes, vous pouvez écouter la chronique de Nikola Delescluse, c’est drôlement bien.
Enfin demain sur France Culture, à 14h56, vous pourrez entendre les toutes premières pages de Pas Liev, lues par l’auteur soi-même ; c’est bien sûr dans l’émission Les Bonnes Feuilles d’Anne-Vanessa Prévost.

samedi 14 novembre 2015

Atroce bêtise



Je suis tombé de mon nuage. Il était rose, pourtant, après l’article d’hier. Il continuait même à rosir, grâce à de nouvelles recensions encore, très justes, très fines, que je relaierai quand j’en aurai le cœur. Je ne l’ai pas fait hier parce que je n’étais pas à la maison, je suis allé au Marché de l’Autre Livre. A Paris. Mais j’ai été raisonnable, je suis rentré de bonne heure, parce que demain mon dimanche je devais le passer au Salon du livre des Essarts-le-Roi, avec notamment Monique Rivet, où je fais figure de régional de l’étape (vraisemblablement il n’aura pas lieu). Et puis je suis rentré. Dans la soirée, après avoir écrit, je suis passé un peu sur les réseaux sociaux, où j’ai vu des gens qui se disaient les uns aux autres qu’ils allaient bien. On sentait qu’ils parlaient de leur santé physique, que pour le moral c’était autre chose. Alors j’ai cherché, j’ai vu ce qu’il y avait à voir à cette heure-là ; les nouvelles c’est comme un drap qu’on prend des heures à soulever du corps mort qu’il recouvre. J’ai eu envie d’embrasser des gens mais ils n’étaient pas là et chez moi tout le monde était au lit. J’ai eu un peu honte, aussi. Honte de mon plaisir tout personnel gâché par la grande gâcherie. Honte aussi sans doute d’écrire des livres qui ne parlent pas directement de ce qui se passe dans le monde – c’était un sentiment qui m’avait traversé déjà en septembre 2001. Mais c’était idiot. Idiot parce que si je ne le faisais pas, c’est sans doute parce que je savais que c’était impossible. Idiot aussi parce que, peut-être, je le fais déjà, sans le savoir. Parce que, je me trompe peut-être mais quand même, on ne dira jamais assez à quel point ces attentats et ceux qui les ont précédés témoignent d’une perte de la signification. Ou, pour le dire autrement, d’une atroce bêtise.

Il va certainement y avoir, il y a déjà sans doute un renouveau de sentiment national. Les gens vont aimer la France, même les Français. C’est naturel, d’ailleurs moi aussi j’aime la France. C’est pourquoi je signale qu’est prévu (en tout cas qu’était prévu avant les attentats d’hier soir) lundi 16 novembre un grand rassemblement en faveur des droits de l’homme et de la liberté en Iran. « Bien sûr » il n’y a pas de rapport avec ce qui a touché Paris hier. Mais il y a toujours un moment où les problèmes des uns deviennent les problèmes des autres. Ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même.

PS : J'apprends que cette manifestation n'aura finalement pas lieu, la visite de Rohani en France ayant été annulée. Ça ne change rien à ma conclusion.





jeudi 12 novembre 2015

Liev et le monde

Le lecteur de Pas Liev n'est pas bien sûr que Liev soit vraiment dans le monde, mais le lecteur du Monde de ce soir, enfin, du vendredi 13 novembre, lui, pourra voir Pas Liev dans le Monde. C'est grâce à Eric Chevillard, qu'il en soit remercié, qui chronique le plus kafkaïen de mes romans, lequel en effet traite moins du monde lui-même, trop vaste sujet, que de sa perception : la parenté de Pas Liev avec Mémoires des failles ou Vie des hauts plateaux, ainsi qu'avec tous mes autres livres, est plus forte qu'il n'y paraît a priori.
(Espérons que cliquer sur l'image ci-dessous améliorera votre vision du Monde, je ne garantis rien.)

Un bonheur n'arrivant jamais seul (enfin, peut-être que si, que je suis mal habitué ou que je manque d'expérience), Pas Liev a aussi les honneurs de Membrane, le blog de Romain Verger, qui lui consacre un bel article.

PS : Pour l'article du monde, finalement, cliquez plutôt ici, c'est moins petit.

mercredi 11 novembre 2015

lundi 9 novembre 2015

Pascale Petit, une inconnue ou deux




Je me rappelle ne rien voir encore et me le dire alors que nous étions à quelques centaines de mètres du Grand Canyon. Ou plutôt une phrase qui passe et repasse sous mes yeux tandis que je lis l’équation du nénuphar de Pascale Petit me le rappelle :



l’homme regarde dans la chambre avec cet air qu’on a quand on regarde dehors par la fenêtre d’une chambre d’une seule ville je ne vois toujours pas le grand canyon



Et l’idée, quelque chose comme C’est l’inverse d’un monument, le grand Canyon, me traverse l’esprit ; cette grande faille dans la plaine qu’on ne voit que lorsqu’on est au bord, quelque chose comme l’envers de Monument Valley. Et d’un coup je me demande (je me demande n’est pas la bonne phrase, il vaudrait mieux dire on me demande mais la demande se fait à l’intérieur de moi-même) de quoi l’équation du nénuphar est-elle l’inverse ?

Mes compétences mathématiques ne sont pas à la hauteur. Quelque chose manque. Fait défaut. Fait faute.



l’idée s’insinue que fabriquer un alibi sera nécessaire et qu’il faudra le plus grand nombre de témoins pouvant certifier vous avoir vu



(p. 83)



L’équation du nénuphar, tout de même, préexiste à l’équation du nénuphar.



« L’équation du nénuphar illustre bien le phénomène de la croissance dans un milieu fermé. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété héréditaire de produire, chaque jour, un autre nénuphar. Au bout de trente jours, la totalité du lac est couverte et l’espèce meurt étouffée, privée d’espace et de nourriture. Question : Au bout de combien de jours les nénuphars vont-ils couvrir la moitié du lac ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien 29 jours, c’est-à-dire la veille, puisque le double est obtenu chaque jour. Si nous étions l’un de ces nénuphars, à quel moment aurions-nous conscience que l’on s’apprête à manquer d’espace ? Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et nous n’imaginons probablement pas la catastrophe qui se prépare et pourtant nous sommes à moins d’une semaine de l’extinction de l’espèce… Et si un nénuphar particulièrement vigilant commençait à s’inquiéter le 27ème jour et lançait un programme de recherche de nouveaux espaces, et que le 29ème jour, trois nouveaux lacs étaient découverts, quadruplant ainsi l’espace disponible ? Et bien, l’espèce disparaîtrait au bout du … 32ème jour ! »



C’est l’équation du nénuphar expliquée par Albert Jacquard dans l’équation du nénuphar d’Albert Jacquard. Albert Jacquard était un nénuphar particulièrement vigilant qui nous a quittés il y a deux ans.

Quand je disais qu’il y a quelque chose qui manque.

Mais dire cela ne dit pas que l’équationdu nénuphar de Pascale Petit, qui n’est pas publiée par Calmann-Levy comme l’équation du nénuphar d’Albert Jacquard mais par les éditions Louise Bottu, qui n’est pas non plus un essai mais plutôt, s’il fallait à toute force lui trouver un genre, un poème, est aussi un livre d’amour. Un livre d’amour qui manque.



elle a les mains derrière elle appuyées contre le mur pas loin de l’embrasure    elle a la tête un peu en arrière



le désir    avec son regret en contrechamp qui fait ressortir l’absence



l’ombre portée de l’homme sur elle et on pense à deux boxeurs   elle ne le quitte pas des yeux comme si elle savait qu’elle ne devait pas le quitter des yeux    ne le quitte pas des yeux    ne le quitte pas des yeux   filature immobile   ne le quitte pas de yeux   prête à lui dire ce qu’elle attend de lui    prête à lui avouer tout    prête à lui donne un exemple



Un livre d’amour qui manque à votre bibliothèque peut-être aussi.

vendredi 6 novembre 2015

Bleu horizon au théâtre et les beaux souvenirs

Bleu horizon, c'est au départ un très beau livre de Danielle Auby, paru chez Flammarion il y a pas mal d'années à force, et dont j'avais dit quelques mots (pas assez) sur mes précédents Hublots. La Compagnie du Samovar en a fait un spectacle, qu'on aura de nouveau l'occasion de voir la semaine prochaine, cliquez donc sur l'affiche pour l'agrandir.
(Et comme ce blog est aussi une histoire personnelle, pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, Danielle a été mon professeur au lycée lors d'une année en classe de 1ère qui reste dans ma mémoire comme une espèce de ciel bleu. C'est elle qui m'a fait découvrir Beckett, qui m'a conseillé la lecture de Kafka et de Flaubert ; c'est à elle aussi que j'ai pour la première fois montré quelque chose que j'avais écrit - sans savoir qu'elle aussi - écrivait. C'était d'ailleurs avant ses premières publications. Bref je profite de l'occasion pour l'embrasser, quoi.)

jeudi 5 novembre 2015

Pas Annocque

"Là réside la réussite : quand tant de dramaturges produisent des machines poussives destinées à représenter la folie (on les reconnaît à ce que le spectateur est mal à l'aise pour le comédien qui se tord sur scène et pas du tout pour l'état mental du personnage qu'il joue), il semble que le jeu de désordonnement du monde d'Annocque fonctionne à merveille", peut-on lire sous la plume du Préfet maritime sur L'Alamblog tandis que Fiolof, dans La Marche aux pages, trouve que "Pas Liev est aussi un roman puissant sur la solitude, l’aliénation, les souffrances ravalées qui n’ont pas trouvé le chemin des mots".
Je ne vais plus savoir où me mettre. Heureusement, peut-être, que je ne suis pas Annocque.



mardi 3 novembre 2015

réflexions ménagères

Laspirateur, cette merveilleuse machine à faire disparaître tout ce qui passe à sa portée, qui nous survivra, qui survivra au monde entier, avant denfin savaler soi-même !

lundi 2 novembre 2015

les commentaires sont ouverts

Sparkling

"Collectionne" est un mot à part, un mot vraiment remarquable. Ne me demandez pas pourquoi.


A splendid performance

Etre à court d'idées qu'est-ce que ça veut dire ? est une question inadmissible.


Sublime

"Plataniste" est un mot cétacé solitaire  barbotant dans le Gange, et dont, effectivement, on ne sait pas quoi faire.



Ne me demandez pas, je ne saurais pas comment vous le dire.


dimanche 1 novembre 2015

le dernier pas de l’oie



S’avançant d’un pas alphabétique hors de l’o, l’oie se surprit à jacasser comme une pie.