jeudi 13 juillet 2017

physique du sens

Il y a de la gravité dans tout énoncé. Tu écris quelque chose, et tout de suite, le sens ; le sens lui tombe dessus. C'est la loi de la gravité. Dans certains énoncés, la gravité est telle que la quantité de sens qui tombe est insoupçonnée. Et sous le sens : rien que le mot. Rien ne tombe sous le sens que le mot. Rien n'est vide. Rien n'est évident.
Image associée

mercredi 12 juillet 2017

Petra, Piera, Pierrette, Perrine

Ce jour-là un nuage d'ébène monta des profondeurs du ciel, répandit ses ténèbres.
Sautez

C'est l'inplicit (l'incipit suivi de l'explicit, quoi) de l'Apparition, de Perrine Le Querrec, paru aux éditions Lunatique. Je n'ai pas le temps d'en dire plus mais ça peut suffire pour donner envie, je trouve. C'est le cœur des hommes encore, à travers une apparition à trois petites filles d'autrefois, plus tout à fait petites, dans un village reculé qui devient le carrefour de toutes les croyances, les incrédulités, les curiosités. Trois petites filles aux noms de pierre : Petra, Piera, Pierrette. (Et le lecteur évidemment rajoute : Perrine.)
Et c'est un poème – aussi.

samedi 8 juillet 2017

une révélation

En France, il n'y a pas si longtemps, on coupait la tête des coupables ; et en effet cela fonctionnait comme une preuve irréfutable : si la tête était coupable, il y a fort à parier que le reste de l'individu l'était aussi.

jeudi 6 juillet 2017

addict aux champignons

La revue web Addict Culture m'a invité, et je l'en remercie, à leur offrir une madeleine ; les miennes évidemment poussent dans les bois et sont lisibles ici, cliquez donc.

dimanche 2 juillet 2017

inplicit

Hier j'ai inventé un nouveau jeu. C'est rigolo. J'ai appelé ça l'inplicit parce que ça consiste à prendre l'incipit et l'explicit d'un livre et à les coller l'un à l'autre. Ça nous fait l'économie de la lecture de tout le reste et c'est souvent très révélateur. J'ai commencé avec la Recherche et évidemment je suis tombé sur le très joli
« Longtemps, je me suis couché dans le Temps. »
Comme ça me disait quelque chose, j'ai fait une recherche et je me suis rendu compte que Genette l'avait déjà trouvé ; c'est dans Palimpsestes mais je n'ai pas relu tout le passage, j'ai envie de refaire mes petites trouvailles tout seul si vous voulez bien.
L'inplicit rendant le contenu du livre implicite son nom lui va bien je trouve. A notre époque du tout économique on a tout à y gagner, la Recherche en huit mots est vite lue et somme toute, qui sait, il reste l'essentiel. D'ailleurs taire est une tendance de la littérature, mon système a du bon.
Dans la foulée, j'ai inplicité quelques classiques que vous reconnaîtrez sans peine :

« Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait la croix d'honneur. »

« Le 15 mai 1796, le Général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur : Ernest V adoré de ses sujets qui comparaient son gouvernement à celui des grands-ducs de Toscane. »

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui changeait pour lui l'aspect de la société. »

« Le rêve est une seconde descente aux Enfers. »

« Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
(De qui est celui-ci, hein ? On fait moins les malins.)

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour avoir touché au manteau de Tanit. »
(L'une des difficultés, pour certains romans, consiste à ne pas trop remonter l'explicit si celui-ci a le malheur de dire explicitement quelque chose du dénouement, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui auraient encore l'idée incongrue de lire le roman dans son intégralité.)

J'ai même essayé avec un recueil de poèmes (illustre) :
« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! »
(Un inplicit qui me parle de ma sottise à trouver du nouveau dans l'inconnu – en l'occurrence ce jeu de l'inplicit : on est toujours renvoyé à ce qu'on fait.)

Puis je suis revenu au XXe siècle :

« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit, qu'on n'en parle plus. »
« Nous voici encore seuls, mon oncle. »
(Oui, c'est le même auteur.)

« C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. « Je suis bien curieux de connaître Caloub. »
(Facile, je le reconnais.)

« Aujourd'hui, maman est morte avec des cris de haine. »
(Mais hier, non. Demain non plus. Il n'y aura pas d'histoire. Pas de meurtre. Ou, s'il y a meurtre, il n'y aura pas de procès.)

Evidemment, cet auteur-ci ne pouvait échapper :
« Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car l'ombre se parfait. »
« Je serai quand même bientôt tout à fait plus rien »
« Où maintenant continuer. »
(Remarquez comme ces trois derniers mots résument bien le problème qui se pose à Beckett après avoir terminé l'Innommable – car évidemment c'est lui.)

« Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre et vous quittez le compartiment. »

« Il tenait une lettre à la main, abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps. »
(Un de mes inplicits préférés. C'est la Route des Flandres de Claude Simon – et c'est aussi la littérature.)

Comme mon ami Didier da Silva me disait le bien qu'il pensait de ce jeu (c'était sur Facebook, au fait – un terrain de jeu, quoi), je lui ai répondu :
« C'est à peine s'il somnole doucement dans le vent. », et vous, lisez donc Hoffmann à Tokyo si ça n'est pas déjà fait, à quoi il m'a répondu :
« Une autre brindille encore apparaît, au moins comme ça enfin c'est fini. »
J'avoue que cédant au narcissisme propre à la profession, j'avais déjà inplicité :
« C'était en plein milieu des champs. Il n'y avait pas de relief à la surface du monde. »

D'ailleurs j'avais bien envie de faire un sort aussi aux auteurs contemporains, par exemple à Pascale Petit :
« J'aime quand elle me dit On retrouvera nos corps recouverts de suçons et deux cents tonnes de cailloux inconnus sur Terre. »
C'est l'inplicit de Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, un inplicit assez explicite je trouve ; quelque chose comme le faisceau minuscule et circonscrit d'une lampe torche dans la pénombre.

(Bon, ceux qui chercheraient des réponses peuvent regarder dans les libellés au pied de ce billet.)

pensée présidentielle

"Dans une gare, vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien."

Cette sortie est-elle la marque d'une pensée complexe ou d'une pensée simpliste ?

vendredi 30 juin 2017

mais qui m'a breveté ça ?

En jetant un premier coup d’œil sur le sujet de français du brevet je me dis que l'antistructuralisme en vogue depuis une dizaine d'années est à peu près aussi intelligent que son contraire mal digéré des décennies précédentes.

jeudi 29 juin 2017

Emmanuel et Manuel, le dénouement annoncé (attention : spoiler)


Voici le projet de couverture pour Emmanuel et Manuel, le remake politique d'Elise et Lise. Les lecteurs d'Elise et Lise ne manqueront pas de remarquer l'importance de la fenêtre ouverte, et comprendront que le destin de leur président est écrit dans les Trois Nains de la forêt, le conte de Grimm - à ceci près que ledit conte est un conte merveilleux.

mercredi 28 juin 2017

A supposer qu'on m'interroge sur les Ruminations du potentiel de Jacques Jouet

A supposer qu'on me demande ce que je suis en train de lire en ce moment, je répondrais que je viens tout juste de terminer un petit livre de Jacques Jouet dégoté au récent Marché de la Poésie sur le stand des Editions Nous, et peut-être alors devineriez-vous qu'il s'agit de ces Ruminations du potentiel dont vous avez déjà reconnu ma maladroite tentative d'imiter non pas le style (à la notion duquel l'auteur, il l'écrit à la page 72, ferait volontiers la peau à moins qu'on ne le mette au pluriel – j'abonderais bien dans ce sens si j'en avais le temps), non pas le style disais-je mais plutôt disons le protocole, à savoir d'initier comme ici chaque propos par un « à supposer », dont la définition donnée en quatrième de couverture ne serait plus qu'à reproduire à la suite : « une phrase unique très développée, initiée par la formule : « A supposer que... » », cela si l'auteur avait pensé à rédiger sous cette forme ladite quatrième, ce qu'il n'a pas fait, très certainement pour empêcher le commentateur paresseux, il l'est trop souvent, de se contenter de la recopier, afin évidemment d'éviter de parler du livre lui-même, moins par crainte de le déflorer mais que par souci de s'abstenir d'un effort intellectuel hors de saison en cette fin juin.

mardi 27 juin 2017

Emmanuel et Manuel, la suite.

Emmanuel et Manuel, ce remake politique d'Elise et Lise, se poursuit. Si vous voulez connaître la fin, vous savez quoi lire.
Le groupe LREM accepte que Manuel Valls siège avec eux comme apparenté à l'Assemblée

dimanche 25 juin 2017

Cyril. Eric.

Hier Didier m'a envoyé Cyril. Ou plutôt quelques jours auparavant, car Cyril est arrivé par la poste, Didier étant peut-être l'ami que je vois le moins souvent, la France est longue à traverser. J'ai donc reçu Cyril dans ma boîte aux lettres, mais en plein cœur aussi. Car Cyril est l'ami qu'on a perdu. « Ce texte est destiné à ceux qui ne t'ont pas connu » écrit l'auteur en post-scriptum, et en effet j'en suis. Et pourtant. Et pourtant je n'ai pas cessé d'être accompagné dans cette lecture par un autre ami, à moi, qui lisait par-dessus mon épaule. Il n'avait rien de commun, tu n'avais rien de commun avec Cyril, l'ami de Didier, je ne t'ai jamais vu avec un blouson d'aviateur ni faire de la moto, sauf que quand tu es parti, pour moi aussi les dernières traces de la fin de mon adolescence aussi se sont effacées.
Merde j'en pleure encore.

mardi 20 juin 2017

les hommes sont des vases

« Il réfléchit à tout ce qui lui avait été dit. C'était terrible, mais il en avait eu plus qu'il n'en avait eu jusque-là. Ça lui paraissait étranger, comme s'il avait écouté l'histoire d'un autre. L'homme squelettique qui dormait devant lui semblait n'avoir rien de commun avec l'homme qui avait évolué dans l'histoire qu'il avait racontée. Il se demanda comment le temps agissait sur un être. Il se demanda à quoi il ressemblerait dans quelques années et quel effet cette histoire aurait sur lui. Il espérait qu'elle aurait comblé le vide en lui, mais tout ce qu'il ressentait c'était la vacuité et la peur qu'il n'y ait rien pour combler cette béance. »


C'est un extrait de Les Etoiles s'éteignent à l'aube, le premier roman traduit en français (par Christine Raguet) et publié aux éditions Zoé de Richard Wagamese, dont il n'est peut-être pas inutile de préciser qu'il appartient à la nation ojibwé. Je dis ça, je n'y crois pas une seconde. La littérature n'a pas de nation, de nationalité, de pays ; elle est toujours étrangère, et universelle en même temps. Elle nous dit, la littérature, elle nous dit ici que les hommes sont des vases, des récipients, qu'il faut vider à un moment pour qu'ils puissent continuer ou finir en paix, vider et transvaser dans d'autres, pour que ceux-là gagnent un temps le poids qui leur permettra d'arpenter le monde. Et le contenu, ce qu'il faut transvaser d'un homme à un autre, c'est une histoire.

lundi 19 juin 2017

l'odeur des tiges de kukicha

au moment de les jeter
sens une dernière fois
l'odeur des tiges de kukicha

encore imbibées d'eau

dimanche 11 juin 2017

scrutons quand même

Certains organes de presse considérant sans doute qu'il y a quelque chose de vaguement négatif à informer se débarrassent de cet oiseux préfixe et préfèrent tout compte fait former les esprits.

mercredi 7 juin 2017

Elise et Lise à Chevreuse

Samedi 10 juin à 21 heures, Elise et Lise et moi sommes les invités de la Librairie Les Racines du Vent, 66 rue de la Division Leclerc à Chevreuse, et c'est à Pascale Petit qu'incombera la lourde tâche de me faire parler.  

mardi 6 juin 2017

Pour la préservation de la Sarigue rambolitaine


A Rambouillet, si tu n'habites pas en centre-ville, tu n'as pas besoin de lire.
Cliquez donc sur le lien, et n'hésitez pas à signer la pétition, pour défendre la Sarigue, bibliothèque de quartier.



Résultat de recherche d'images pour "sarigue"

lundi 5 juin 2017

pas un scoop

Le conformisme social est naturel aux espèces grégaires et ce n'est pas une bonne nouvelle.

Résultat de recherche d'images pour "flamants roses"

dimanche 4 juin 2017

un souvenir persistant

- C'est de moi que tu veux savoir ta route ?
- Oui, dis-je, puisque je ne peux la trouver moi-même.
- Renonces-y ! Renonces-y ! dit-il en se détournant d'une pièce comme ceux qui veulent rire tout seuls.


Kafka, le Renoncement 

vendredi 2 juin 2017

mercredi 31 mai 2017

Elise et Lise chez Marguerite

Jeudi 1er juin à 19 heures, la Bibliothèque Marguerite Audoux (10 rue Portefoin 75003 Paris) nous fait l'immense plaisir de nous inviter, Elise et Lise, Pascal Arnaud et moi, à propos de ces deux filles en miroir, du coup je vous invite !

lundi 29 mai 2017

Un souffle sauvage

J'ai lu Un souffle sauvage, de Jérôme Lafargue. Ce n'est pas un roman – car Jérôme Lafargue, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, est un formidable romancier – c'est un récit autobiographique, plus autobiographique que narratif, d'ailleurs. Il est aussi court que l'auteur est secret. Et quand je l'ai refermé, je me suis rendu compte que je l'avais déjà lu. Je l'avais déjà lu entre les lignes de ses romans. Je l'avais déjà lue entre les lignes de ses romans, cette figure du père enracinée parmi les pins des Landes. Mais là, en lisant les lignes écrites entre les lignes, c'était bon de les avoir pour de vrai sous les yeux, les lignes entre les lignes, et ça m'a fait comme une tape discrète sur l'épaule. Et en effet je lisais assis sur un banc, sous un vieux catalpa, qui venait de laisser choir une gousse sèche sur mon épaule pour me faire signe. Et je me suis dit : on n'est jamais seul.


Cette photo, c'est le tronc du vieux catalpa. Je l'ai prise avant de m'asseoir sur le banc. Quant à Un souffle sauvage, il vient de paraître aux éditions du Sonneur.

jeudi 25 mai 2017

Au centuple

Toutes les cent histoires (lesquelles n'en sont pas toujours au sens strict du terme – mais certes tout n'est-il pas qu'histoires ?) composant ce huitième livre de Jérôme Lafargue qui, pour tout récemment paru (aux éditions de l'Attente) qu'il soit, n'est déjà plus le dernier (et cela nous rassure, vous allez comprendre pourquoi), comptent cent mots, ni plus ni moins. Aussi m'en faudra-t-il exactement le même nombre pour composer ce billet, lequel selon mon habitude ne parle pas du livre lui-même, mais informe son auteur imprudent que le voici condamné, pour une parfaite cohérence, à en publier encore quatre-vingt-douze autres.

Résultat de recherche d'images pour "jérôme lafargue au centuple"

lundi 22 mai 2017

Premier album, septième pellicule : figures.

On m'écrit : « J'aime ce passage. » Alors, tiens, puisque je l'aime aussi, je le recopie. C'est dans Mémoires des failles, paru il y a juste deux ans aux éditions de l'Attente.

Premier album, septième pellicule : figures.

Rien d’étonnant dès lors dans la tentation, récurrente à cette époque, de se couper du reste du monde. Ce n’est pas difficile. Il suffit de fermer les yeux. De les fermer très fort. Ça ne les empêche pas de voir, oh non, loin de là. Mais au moins, on sait à l’avance, à peu de choses près, ce qu’on va voir : le spectacle est toujours le même.
C’est un spectacle abstrait. Il commence doré et soyeux, en perpétuel et total mouvement, décomposable à l’infini en de multiples échanges d’infimes allers et de retours symétriques, organisé autour d’un centre en couronne pseudo-circulaire aplatie horizontalement, plus foncé dans sa périphérie indécise et presque angora, plus lumineux à l’intérieur, avec sans doute, au centre du centre, un point de fuite tel un point de chute, aussi bien noir qu’éclatant, principe essentiel autour duquel le reste s’organise. Mais bien avant d’en avoir pris une telle conscience c’est, sur la même structure concentrique, une tonalité tout autre qui brusquement et sournoisement se révèle, des motifs quasi algébriques, crépitant de blancheurs à angles droits, sur des fonds de couleurs primaires, rouges dans les parties intermédiaires, jaune éclatant au milieu, bleu ou vert sombre et froids aux bordures à peine perceptibles. C’est d’autant moins plaisant, moins chatoyant que l’on commence à percevoir un mouvement essentiel dont on comprend qu’il a toujours été là, et dont seule la somptueuse richesse des débuts a empêché la prise de conscience ; une lueur autoritaire sous-jacente au centre du panorama, qui agite régulièrement, avec une vivacité difficilement supportable, des membres indéfinis et venteux de mécanique intérieure, balayant les restes dépréciés d’une algèbre éparse, se manifestant de plus en plus clairement comme une menace telle qu’il devient impossible de rien voir d’autre, de sorte qu’on ne peut poursuivre.

dimanche 21 mai 2017

douceur du chômage

je touche le chômage il est doux souple, un peu poilu
d'autres l'ont glabre et rugueux
je prépare mon corps pour la phrase dite
chômage et je hurle

chômage plus fort personne n'entend je promets de hurler de mieux en mieux je ne suis pas en mesure de promettre mais personne n'entend je promets à l'espace je suis un chômeur monstrueux je crache sur le travail

mon cœur est un piano fermé à clef dit la jeune fille quelle musique entendre alors quel air aimer ?
le désir était là quelqu'un l'a détourné
les techniques ont caché les outils j'ai appris à m'en servir mais pas pourquoi je m'en servais


Antoine Mouton, Chômage monstre, éditions La Contre-allée, 2017, p. 64-LXV.


lundi 15 mai 2017

Un réverbère

Un réverbère dans la brume peut-il résumer une pensée ?


Peut-il les résumer toutes ?


Que partage-t-il avec son reflet dans l'eau ?
Deux idées justes par jour, comme une horloge arrêtée ?


Pascal Blondiau, Dès l'instant, Les Carnets du Dessert de Lune, 2010. Illustrations de Marie Campion.

dimanche 14 mai 2017

un dilemme

En fait il y a deux écueils essentiels et opposés, Charybde et Scylla entre lesquels l'artiste doit naviguer : d'un côté il risque de trahir son œuvre, de l'autre il devient le singe de lui-même.
Tenir le cap même n'est pas une expression à suivre à la lettre.

samedi 13 mai 2017

Une formule est une petite forme.

Un jour, j'avais seize ou dix-sept ans, j'ai écrit un tout petit poème. A cette époque, j'écrivais tous les jours. Je m'asseyais à mon bureau – ou peut-être plutôt que je m'allongeais sur le lit, en fait –, et j'écrivais. Je partais pour longtemps. Et cette fois-là, j'ai écrit une dizaine de mots, et c'était fini. J'ai essayé de continuer le poème, de le rallonger ; mais non, il n'y avait plus rien à dire. Il n'y avait pas d'au-delà. Je ne savais pas que ça pouvait être si court. Il m'a fallu l'admettre.

mardi 25 avril 2017

Dans le jardin d'un hôtel avec Gabriel Josipovici

Bon, j'ai lu Dans le jardin d'un hôtel. C'est le roman de Gabriel Josipovici qui vient juste de paraître chez Quidam, dans la traduction de Vanessa Guignery. Oui, Quidam c'est mon éditeur. Et Gabriel Josipovici l'un des auteurs phares de son catalogue, auquel figurent déjà Moo Pak, Tout passe, Goldberg : Variations, Infini– l'histoire d'un moment. Oui, je les ai tous lus. Oui : je les ai tous aimés. Un peu plus que ça, même. J'ai même lu Contre-jour. Triptyque d'après Pierre Bonnard, paru chez Gallimard en 1988. Non, ils n'ont pas été fichus de le garder, chez Gallimard ; on se demande ce qu'ils fichent, d'ailleurs. Et j'en ai même lu un autre encore dont je tais le nom parce qu'il n'est pas disponible en français. Donc oui : mon intérêt pour le travail de Gabriel Josipovici dépasse ma naturelle solidarité avec mon éditeur.
En parler, maintenant. A chaque fois avec lui les mots me manquent. Il y a chez Josipovici une limpidité qui n'est pas qu'apparente, une sorte de limpidité proprement extraordinaire : on voit des choses qui sont si fines, si ténues qu'on est en droit de douter de leur propre existence. Et pourtant, on les voit. C'est qu'il y a là véritablement quelque chose. Alors bien sûr je pourrais juste gloser le récit : dire comment Ben raconte à Rick et Francesca comment, en vacances avec Sandra dans un hôtel qui n'est pas celui du titre, il a fait la rencontre de Lily, laquelle lui a racontée comment, autrefois, sa grand-mère est tombée amoureuse d'un jeune homme déjà fiancé, retrouvé, après une première rencontre, dans le jardin d'un hôtel, celui du titre cette fois, celui que Lily est venue retrouver cet été, à Sienne, juste avant de finir les vacances dans les Dolomites, où elle rencontre Ben. Mince, j'ai tout raconté. Horreur. Attends, je me relis. Non, ça va, je n'ai rien raconté du tout, en fait.

Car il s'est passé quelque chose là, dans cet hôtel, ou plus tard dans cet autre hôtel – ou non : il ne s'est rien passé. Non qu'on doute de la réalité objective des événements racontés comme dans certains romans contemporains qui par ailleurs me sont chers. Non. Simplement : savoir si ce qui s'est passé est quelque chose, ou pas. Car ce qu'on lit, ce n'est jamais que plusieurs conversations (il y aurait tout un travail à faire sur la conversation chez Josipovici, je la vois comme sa partition, la conversation, avec des interprètes multiples, des parties multiples ; si j'étais un peu musicien je vous expliquerais probablement ça beaucoup mieux), plusieurs conversations donc qui en retracent d'autres, d'autres conversations plus anciennes, le tout devenant une vaste conversation intégrant finalement celle entre Rick et Francesca, qui discutent entre eux de ce qu'ils ont entendu de la bouche de Ben, ne sont pas forcément d'accord, comme nous ne le serons pas, nous non plus, le jour où vous aurez lu Dans le jardin d'un hôtel et que nous en parlerons ensemble.


Gabriel Josipovici sera l'invité de la libraire Charybde, 129 rue de Charenton à Paris, demain mercredi à 19h30. Je ne vais pas manquer ça, pour ma part.



dimanche 23 avril 2017

devoir (pas seulement électoral)

Quelle différence voyez-vous entre "élu démocratiquement" et "élu de manière réglementaire" ?
Vous avez quatre heures. Et même un peu plus.


PS du soir : Voilà. La différence, on la vivra dans quinze jours, et pendant cinq ans.
(Précision : ce n'est évidemment pas la présence de Macron au 2e tour qui me gêne, même si on aura compris que ce n'était pas mon choix. C'est la présence d'une candidate que même Jean Lassalle aurait eu de bonnes chances de battre au second tour, tant elle provoque de rejet.)

vendredi 21 avril 2017

Histoire immédiate

Je viens de voir un truc dans le jardin, sur la pelouse. Je ne savais pas ce que c'était, ça n'avait pas l'air d'être un chat. Je n'avais pas mes lunettes alors je ne voyais pas bien mais ça n'avait pas l'air d'être un chat (parce que parfois dans le jardin sur la pelouse il y a un chat). Alors ce que j'ai fait : je suis sorti et je suis allé voir. Je suis arrivé sur place, je l'ai regardé de près (je vois très bien de près), et je l'ai même pris dans mes mains pour essayer de comprendre ce que c'était. En effet, ce n'était pas un chat, ce n'était pas du tout un chat. Je ne sais pas du tout ce que c'était.
Tout compte fait même de loin je n'ai pas vraiment besoin de lunettes.

samedi 15 avril 2017

Ego paradoxal

Quand on a le sentiment d'avoir vraiment réussi un livre (pour autant que réussir ait un sens), on aimerait bien mais on ne peut même pas vraiment en être fier. Au contraire, on se sent tout petit à côté ; on appréhende l'avenir. On ne fait pas son fier, quoi.

jeudi 13 avril 2017

La France a peur.

Comme disait Roger Gicquel, la France a peur. Rendez-vous compte : Jean-Luc Mélenchon, si l'on en croit les sondages, aurait une chance d'arriver au second tour. Panique à bord. Cela fait des mois qu'on nous annonce Marine Le Pen au second tour sans que ça émeuve plus que ça, on s'était fait une raison ; mais avec Mélenchon, non, ça n'est plus possible. Que signifie cette peur ? Ou plutôt, que présuppose-t-elle ? Que Le Pen sera au second tour (est-ce si inévitable, d'ailleurs ?), et que dans ce cas une part importante des électeurs se retrouvera sans choix possible. Personnellement il y a là quelque chose qui choque ma raison. Pour beaucoup d'électeurs, avoir Le Pen au second tour, ça signifie déjà devoir voter contre elle. C'est déjà en soi un non-choix. Un non-choix intolérable en démocratie. Et c'est le système même, ce type d'élections avec à la clé son régime de monarchie présidentielle, c'est cela la cause même du non-choix. Chaque parti tente de gagner par défaut contre Le Pen, laquelle dans tout ça n'est qu'un repoussoir. Que peut-on espérer d'un parti qui prend le pouvoir par défaut ? On a vu le résultat. Ce qu'il faut réformer, c'est la Ve République.

lundi 10 avril 2017

ce livre intitulé ce livre

*Permettez-moi de revenir un instant sur la notion d'autoréflexivité (ou autoréférentialité, ou conscience de soi), qui joue évidemment un rôle significatif ici. Depuis le tout début – depuis le titre, en fait – ce livre semble ne parler que de lui-même. Mais est-ce vraiment le cas ?*

Je m'étais promis de parler un peu de ce livre, ce livre, donc, dans ces Hublots, alors je le fais. Si du même Guy Bennett traduit par le même Frédéric Forte aux mêmes éditions de l'Attente vous avez déjà lu Poèmes évidents, ça va vous rappeler des souvenirs ; sinon, rappelez-vous.

Ce livre déictiquement intitulé ce livre fait le pari de ne parler que de lui, de la manière la plus essentielle qui soit, dans un projet qui n'est pas sans rappeler le livre sur rien de Flaubert dans sa lettre à Louise, mais qui assumerait de l'être vraiment. Mais tout en assumant vraiment n'être que cela, n'est-il pas aussi véritablement autre chose ?




jeudi 6 avril 2017

« Le mot, c'est la mort sans en avoir l'r. »

Je viens d'apprendre la disparition de Michel Arrivé. C'est bien trop tôt mais il paraît que c'est comme ça. C'est comme ça mais pour moi ça passera toujours mieux avec des mots, alors des mots en voici.
« Le mot, c'est la mort sans en avoir l'r. », non ça n'est pas de moi – et je le regrette. Car bien au-delà du très joli jeu de lettres cela dit bien tout ce qui à mes yeux est en jeu dans le langage. Ces mots sont de la main d'Adolphe Ripotois, l'écrivain méconnu dont Alfred Hellequin écrit la biographie dans les Remembrances du vieillard idiot, non le poème de Rimbaud mais le premier roman de Michel Arrivé, paru en 1977.
Michel Arrivé a donc écrit des romans ? Je n'en savais rien moi-même lorsque je l'ai rencontré à la Fête de l'Humanité, il y a une dizaine d'années. Pour moi, outre le Bescherelle dont il assurait la publication, Michel Arrivé était surtout le spécialiste de Jarry dont il a assuré l'édition dans la Pléiade (je me rappelle son œil surpris quand je lui ai mentionné son article « Structuration et destruction du signe dans quelques textes de Jarry » paru chez Larousse en 1972) et bien sûr le professeur de linguistique, auteur notamment de la Grammaire d'aujourd'hui qui a fait les beaux jours de l'étudiant en lettres que je fus et de pas mal d'autres.
C'était Une très vieille petite fille qui l'amenait au Village du Livre de la Fête de l'Huma, un roman où la mort et le mot encore étaient en jeu, puisque la narratrice n'aboutissait au livre qui nous était donné à lire que par la « désécriture » des registres qu'elle avait tenus durant sa vie entière, et ce dans l'espoir de prolonger sa longévité jusqu'à, pourquoi pas, l'immortalité.
Puis nous avons pris l'habitude de nous lire et Michel Arrivé m'avait fait l'honneur d'un très bel article sur Liquide dans lequel il était le premier, je ne m'en suis pas étonné, à noter l'effacement aussi discret que possible de la personne grammaticale du récit que je tentais d'y mettre en œuvre. Ecrire sur les livres de l'autre était une manière plus sûre d'en parler – j'ai moi-même publié sur ce blog quelques articles à propos notamment de ses romans suivants, également parus aux excellentes éditions Champ vallon : La Walkyrie et le professeur, Un bel immeuble, L'Homme qui achetait les rêves, vous pouvez cliquer –, une manière plus sûre pour nous d'en parler, disais-je, que d'attendre notre prochaine rencontre car il faut bien confesser que lors de celles-ci nous parlions assez peu de littérature, ni même de linguistique (et pourtant vous savez, ou au moins vous devinez combien la linguistique a pu me passionner et me passionne encore) car un autre sujet que nous avions en commun l'emportait toujours : la mycologie. A chaque fois que nous nous sommes rencontrés, nous avons toujours fini par parler de champignons. C'était un autre point commun, fort, qui nous rassemblait ; nous nous étions d'ailleurs fait la remarque que lui comme moi, nous avions goûté à peu près autant d'espèces différentes que notre vie comptait d'années. Comme il en avait une petite trentaine de plus que moi, il conservait largement l'avantage. Les champignons jouent d'ailleurs un rôle non négligeable dans certains de ses romans, aux côtés des rêves, au côté des mots – de la conscience des mots.

Mes pensées accompagnent sa famille, mes vœux accompagnent ses romans.

mardi 4 avril 2017

mercredi 29 mars 2017

lundi 27 mars 2017

Elue et lue

"Lisez Élise et lise, et lisez Philippe Annocque.
Élisez Annocque !"
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Olivier Quelier, et lisez donc par vous-même.

Lire Elise et Lise, c'est ce que fera jeudi prochain le formidable Christophe Brault, et je pèse mes mots, à la non moins formidable librairie Le Monte-en-l'air, 71 rue de Ménilmontant, ou bien 2 rue de la Mare, tous les chemins y mènent ; c'est jeudi à 19 heures. Venez tous !

mercredi 22 mars 2017

samedi de salon

Alors samedi je serai au Salon du Livre qui ne s'appelle plus le Salon du Livre mais Livres-Paris je crois mais comme je n'en suis pas sûr et vous non plus on va continuer à l'appeler le Salon du Livre pendant les cinquante, enfin disons les cinq prochaines années, samedi donc de 16h30 à 17h30 en P68 sur le stand de l'Ile de France avec Elise et Lise à propos desquelles Penvins vient juste de publier ce très bel articleElise et Lise et sans doute mes autres Quidam tandis qu'en K27 donc en Aquitaine il y aura les éditions de l'Attente avec notamment mes Mémoires des failles ; pour une fois qu'on peut traverser la France à pied n'hésitez pas.

dimanche 19 mars 2017

Ce n'est que bien plus tard qu'on peut l'aimer, mais alors ce n'est plus.

« Les feux de feuilles avaient une odeur délicieusement âcre. Comment savoir si on aime ou pas ce genre d'odeur au moment où on la sent ? Ce n'est que bien plus tard qu'on peut l'aimer, mais alors ce n'est plus une odeur. »
J'ai relevé ça exprès pour vous à la page 52 de La mer c'est rien du tout, le très beau nouveau livre de Joël Baqué paru en novembre dernier chez POL. J'ai relevé ce passage parce que ça ne dit rien du contenu que fait mine de résumer la 4e de couverture (Vivre une enfance languedocienne, devenir le plus jeune gendarme de France puis maître-nageur-sauveteur des CRS, découvrir la littérature et le plaisir d'écrire.), ça ne dit rien du contenu qu'on pourrait appeler de surface mais ça en dit beaucoup sur celui qui compte, en profondeur : Ce n'est que bien plus tard qu'on peut l'aimer, mais alors ce n'est plus.
Résultat de recherche d'images pour "joel baqué la mer c'est rien du tout"

jeudi 16 mars 2017

Imaginez.

Tout travail mérite salaire parce que tout travail mérite salaire. C'est la seule raison, en fait. Maintenant, imaginez qu'aucun travail ne mérite salaire. Je dis bien : AUCUN. Aucun travail ne mérite salaire. Imaginez. Non ? Bon.

mercredi 15 mars 2017

Des nouvelles d'Elise et Lise

J'ai reçu des nouvelles d'Elise et Lise. Elles font l'objet d'un coup de cœur à la librairie l'Histoire de l’œil, à Marseille. Comme vous êtes un peu paresseux, ou un peu fatigués en cette fin de journée, je vous recopie ça :

Élise et Lise se ressemblent beaucoup. Elles se complètent, elles sont amies. Mais sans doute cela est-il trop simple et, très vite, avec une parfaite maîtrise, Philippe Annocque donne à son « conte sans fées » du suspect, de l’inquiétude, dans ce quotidien si familier.
Les courts récits et ainsi les points de vue s’enchaînent : ceux de Lise, ceux d’Élise et ceux de Sarah également, amie de « seconde division » qui étudie à l’Université l’art du conte et qui livre ses acquis au fur et à mesure du récit, forçant ainsi la comparaison dangereuse entre la symbolique des histoires des Grimm ou Perrault et la relation des deux jeunes filles.
Annocque joue merveilleusement le rôle du chef d’orchestre entre toutes ces consciences pour mieux nous installer, très progressivement, dans une intrigue. Pour accélérer notre trouble et démontrer que, comme dans les contes, le léger cache parfois, souvent, le drame.

Et puis aujourd'hui, grand plaisir de découvrir cet article de Nathalie Peyrebonne, dans la revue Délibéré. Si vous n'avez pas peur d'avoir peur, lisez-le (« car les contes sont cruels, comme l'est aussi le roman vertigineux de Philippe Annocque »). C'est ici.

lundi 13 mars 2017

un autre sujet (ou peut-être deux)

L'adaptation à un milieu et à un mode de vie comparables finit par conférer à des espèces dépourvues de parenté (ou de parenté très éloignée) une ressemblance trompeuse. Ainsi en est-il du colibri et du moro-sphynx, de l’ichtyosaure et du dauphin, du ginkgo biloba et de n'importe quel autre arbre dit feuillu. On parle dans ce cas d'adaptation convergente.
Mais méfiez-vous : ça n'explique pas du tout la présence troublante d'un p, d'un i, d'un g et d'un n placés dans le même ordre dans les orthographes du pigeon et du pingouin.

mardi 7 mars 2017

Un sujet

Cela fait des années que cela me tracasse et il faut que je le dise : je suis très frappé par l'écart de taille entre les plus gros et les plus petits des félins, alors que par ailleurs ils ont entre eux tant de ressemblances. Je ne sais pas si l'équivalent existe ailleurs dans la nature. Je m'interroge. Parfois, ça me réveille la nuit.

lundi 6 mars 2017

plusieurs manières d'être heureux d'être lu

Il y a plusieurs manières d'être heureux d'être lu. Il y a par exemple le petit mot anonyme et drôlement bien tourné trouvé dans le casier du collège. Il y a l'article de la lectrice blogueuse qui avait aimé Pas Liev et du coup est venue exprès à la rencontre chez Charybde la semaine dernière, merci Tilly. A l'inverse, il y a l'article du blogueur qu'on ne connaissait pas du tout et dont on se demande comment il fait pour être si juste (jusque dans sa conclusion qui me fait un peu froid dans le dos tant souvent moi-même je me pose la question ; jugez plutôt). Et puis il y a le premier article de la presse officielle, et n'ayons pas peur de dire internationale puisque le Temps est suisse. Isabelle Rüf m'y traite de magicien, et elle sait d'où je viens pour me suivre depuis mes tout débuts, la chose est assez rare pour mériter d'être mentionnée, à l'époque où mon premier roman paraissait au Seuil et s'intitulait encore Une affaire de regard

dimanche 5 mars 2017

pleure un peu

Je viens de lire le dernier roman d'Eric Chevillard : c'est le premier roman d'Eric Chevillard. (Et tout de suite bien sûr roman à nouveau ne convient pas, fable ou conte serait meilleur. Mais quand même : ça raconte.) En tout cas c'est l'un de ces moments où dans une œuvre quelque chose bouge. Peut-être la mort récente d'Albert Moindre l'annonçait-elle. Du coup on attend encore plus le prochain – car c'est ça aussi la littérature : moins des livres qui existent que des livres qui n'existent que dans notre attente. En attendant, en lisant Ronce-Rose, même si c'est drôle tout le temps, on pleure un peu.

Résultat de recherche d'images pour "ronce en fleurs"

dimanche 26 février 2017

jeudi 23 février 2017

Elise et Lise en Charybde

Elise et Lise et leur auteur seront ce soir à la librairie Charybde (129 rue de Charenton, près de la Gare de Lyon) ; au cas où j'aurais oublié c'est même annoncé dans Libération. Elles sont aussi à l'honneur sur Remue.net sous la plume de Jacques Josse et sur la Cause Littéraire grâce à Emmanuelle Caminade. La Cause Littéraire où l'on peut aussi lire une interview de Pascal Arnaud (monsieur Quidam) par Philippe Chauché qui consacre aussi un passage à mes filles.

lundi 20 février 2017

Elise et Lise et compagnie

Ce blog a été un peu délaissé ces derniers temps, Carcassonne notamment en est la cause, et franchement quelle bonne cause, quelle belle cause ça a été ! Encore merci décidément à Valérie et Mehdi et à la belle librairie Mots & Cie. Jeudi 23 ce sera à Paris cette fois, à la Librairie Charybde que nous vous attendrons nombreux ; et cette soirée aussi je la sens bien : lisez donc la très belle recension que Monsieur Charybde 2 consacre à Elise et Lise. Déjà les libraires s'enflamment, on en oubliera les grands incendies de Londres, de Rome et de Pontypandy : "Philippe Annocque sème une fois de plus le trouble avec ce fascinant conte moderne, où Elise et Lise évoluent, non sans rappeler Elisabeth et Alma, magnétiques héroïnes de Persona de Bergman, au cœur d’une manipulation démoniaque, subtile mise en abyme des contes de Grimm et Perrault. Elisez, lisez Elise et Lise!" écrit Julie de la librairie Le Square, à Lourdes ; tandis que David Goulois du Cultura de Chambray-lès-Tours s'enthousiasme : "Deux femmes se rencontrent par le hasard de la vie. L’une s’appelle Elise, l’autre Lise, une lettre qui change tout pour le lecteur mais pas pour elles… Mimétisme, usurpation, l’une prend les affaires de l’autre, toutes deux rencontrent Luc… Entrecoupé par une réflexion sur le conte qu’une certaine Sarah mène de son coté comme une mise en abyme ce que nous sommes en train de lire. Génial !"
Sites et blogs littéraires ne sont pas en reste : Deux filles sur un iceberg, titre Guillaume Contré dans un très bel article sur Politique des Havanes, pour qui "le style d’Annocque, d’une trompeuse simplicité (la vraie simplicité, celle qui en bon iceberg, préfère la subtilité du récit – ce qu’on raconte et ne raconte pas, comment on le fait, sur quel ton – plutôt que les lanternes et vessies d’un style pompier), en apparentant une certaine naïveté (perverse, l’air de rien), se permet surtout des délices d’ambiguïté", tandis que Marie-Laure Vanier me rassure : "Philippe Annocque avait mis la barre tellement haut avec l’excellent Pas Liev (chez Quidam) qu’il doit être dans ses petits souliers pour la  sortie d’Élise et Lise : qu’il se rassure ! C’est encore un très bon texte qu’il nous offre là, de ceux sur lesquels on peut avancer différentes interprétations, proposer des lectures plurielles (n’est-ce pas le signe d’un grand texte ?) et comme j’adore débattre sur ce que j’ai lu, alors c’est parfait ! Parce qu’il y a de quoi faire…" - et cette inquiétude de l'après-Pas Liev, je l'avais en effet. Pas Liev, on en parle encore, d'ailleurs, lisez Penvins, lisez Au pouvoir des mots.
Enfin, last but not least, Alix Geysels, elle aussi auteur d'un bel article sur Elise et Lise, m'a fait le grand plaisir d'une interview virtuelle, une première pour moi comme pour elle, la voici :

mardi 14 février 2017

(et bonne Saint-Machin)

La langue, en nous interdisant en toute logique l’impératif au verbe pouvoir et en nous l’autorisant pour le verbe aimer, accuse discrètement mais joliment notre inconsistance.

Elise et Lise attendent votre déclaration d'amour vendredi à Carcassonne ou jeudi 23 à Paris, les précisions sont juste à droite.

vendredi 10 février 2017

une histoire d'amour

Le mâle place sa semence dans l'orifice de respiration de la femelle puis il meurt.

La femelle nettoie les œufs, les aère et les protège jusqu'à leur éclosion, pendant 150 jours, sans se nourrir, puis elle meurt.  

jeudi 9 février 2017

faire ce qui suit avec ce qui précède

A chaque fois que j'ai essayé de me plagier, j'ai raté mon coup. Ce doit être pour ça que je fais en sorte de ne pas me reconnaître – pour me rendre compte ensuite que c'est là la condition nécessaire à ma reconnaissance.

samedi 4 février 2017

La preuve que l'homme n'est pas si égoïste

La preuve que l'homme n'est pas si égoïste, c'est que les événements les plus importants de la vie, la naissance et la mort, il ne s'en souvient que pour autrui.

lundi 30 janvier 2017

L'âme viendrait.

« Quand s'accroît de tout ce d'isthme en isthme dont l'analphabétisme s'est étréci, comme deux vases communicants. Le roman cent fois plus désuet que la poésie, les poètes s'y engouffrent, se disputent les lecteurs réchappés. »

« Je me suis ameubli. Des fibres humaines ont pris rhizome et quand je tire ne lâchent pas. L'âme viendrait. »

« Des cris coupé le son. Lectures montées aux yeux. »

Christophe Stolowicki, Rhizome, Passages d'encres, 2016.

Afficher l'image d'origine

dimanche 29 janvier 2017

méthode quoi

Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.
Je suis moi.