lundi 25 septembre 2017

25 ans d'Attente

Demain soir à la Maison de la Poésie de Paris, les éditions de l'Attente fêtent leurs vingt-cinq ans ! Il y aura bien sûr les éditeurs et trois de leurs auteurs et si vous venez vous aurez droit à un peu de Mémoires des failles susurré dans le creux de l'oreille par l'auteur desdites failles, me suis-je laissé dire. Tout le détail de la soirée est ici.
« Les 25 ans des éditions de l’Attente »

mercredi 20 septembre 2017

Elise et Lise et d'autres Quidam à Belfort

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texte

Les vendredis se suivent et se ressemblent comme se ressemblent Elise et Lise : vraiment et pas du tout. Après-demain c'est à Belfort que les libraires du Chat Borgne (36 faubourg de Montbéliard à Belfort) me font le plaisir de m'accueillir pour parler d'Elise et Lise et de quelques autres Quidam, y compris parmi ceux que je n'ai pas commis. Elles seront là elles-mêmes d'ailleurs, à ce que dit la rumeur ; venez donc vérifier par vous-mêmes !
L’image contient peut-être : personnes debout

mercredi 13 septembre 2017

Annocque à la Lanterne

Vendredi 15 septembre à 20h45, La Lanterne, pôle culturel de Rambouillet, 5 rue Gautherin, me fait le plaisir de m'inviter pour un entretien animé par Gérald Roubaud autour de mon travail d'auteur. Christophe Brault lira des extraits choisis par ses soins et rien que pour ça il faut venir !
(Et on pourra aussi se procurer les livres.)

lundi 11 septembre 2017

le nom des lespédèzes

La rosée blanche
ne tombe pas des lespédèzes
ondulant au vent

Bashō, traduit par Joan Titus-Carmel, chez Verdier

Car j'aime retrouver à l'autre bout du monde le nom des lespédèzes qui vont bientôt fleurir dans mon jardin.

dimanche 10 septembre 2017

Black Bassmann

« Le public avait boudé. Parler de bouderie était un euphémisme. Le premier soir, alors que le monologue avait déjà débuté, trois grands brûlés s'étaient affalés sur les sièges du dernier rang, peut-être ayant cru que l'édifice dans lequel ils venaient de pénétrer, et qui étaient un des seuls à tenir encore debout dans la ville, avait une vocation médicale. Sans avoir eu le temps de mesurer l'ampleur de leur méprise, ils avaient émis quelques râles, puis ils avaient observé un silence quasi sépulcral. Sous l'unique lampe, à l'autre bout du dépôt, un homme censé représenter l'ensemble des victimes de la consternante crapulerie humaine, vêtu de lambeaux et portant justement un masque de grand brûlé, déversait en direction de son comparse sa longue amertume, sa désespérance et sa philosophie du vide. Ce soir-là, Gavadjiyev avait entendu l'entrée et l'installation de ces trois spectateurs, et, durant toute la durée de la représentation, il avait spéculé avec plaisir sur les effets du bouche-à-oreille qui ne manquerait pas d'attirer bientôt vers le théâtre de nouveaux amateurs. Il avait apprécié le fait que ces trois hommes fussent restés sans bouger, faisant preuve d'une belle qualité d'écoute. Toutefois, à la fin de la séance, il avait été un peu refroidi par l'absence d'applaudissements, et, une fois les lampes de la salle rallumées, il avait dû accepter la réalité : le public n'avait pas survécu. »

C'est un extrait de Black Village, de Lutz Bassmann, qui vient de paraître chez Verdier. Si vous n'êtes pas encore familier de l'humour du désastre, en voici un bel exemple. Malgré la couleur du village, rien à voir avec l'humour noir : les livres de Bassmann sont tous pleins d'une tendresse désespérée pour l'humanité – et même un peu au-delà de l'humanité. Eh bien sûr un peu au-delà de l'au-delà.

Bassmann n'étant pas présent dans ce monde, la librairie Charybde a invité jeudi dernier son porte-parole Antoine Volodine. Vous avez peut-être raté ça. La vie est injuste. Mais il y aura sans doute un enregistrement.

mardi 5 septembre 2017

Elise et Lise en été

Et donc cet été Elise et Lise ont fait l'objet d'un bel article d'Alain Nicolas dans l'Humanité.fr, qui voit leur auteur comme un "virtuose de la désorientation", c'est ici ; et sur le blog l'avis textuel de Marie M qui me considère comme un "magicien des mots et des histoires, un diabolique conteur, c'est là.

lundi 4 septembre 2017

Bienvenue sur Terre

On voit les choses de là où l'on se trouve. En vadrouillant sur le Net je tombe sur un article de Purepeople (ça ne s'invente pas un titre pareil) où je lis que, enfin non je vous le recopie, c'est plus simple :

« Il y a quelques jours, Éric Naulleau a publiquement critiqué le recrutement de Christine Angot dans On n'est pas couché. Auprès de Paul Wermus pour VSD, le polémiste a déclaré : "Est-ce qu'une romancière parmi les plus médiocres de ces dernières années fera une bonne critique ?"
Samedi 2 septembre, quelques heures avant la grande première de l'écrivain de 58 ans dans ONPC, Laurent Ruquier a pris sa défense dans l'émission On refait la télé sur RTL. Et il n'y est pas allé de main morte avec son ex-collègue.
"Éric Naulleau a été un très bon chroniqueur mais, que je sache, il n'a pas pour l'instant vendu beaucoup de livres", a tout d'abord déclaré l'animateur avant de préciser que son ancien collaborateur a "mal digéré" son départ du programme après quatre ans d'antenne.
Puis, Laurent Ruquier a tenu à rappeler que c'est un peu grâce à lui si Éric Naulleau s'est fait un nom : "Je pense avoir aidé à le faire connaître, je ne suis pas sûr qu'on le connaissait beaucoup avant. Donc je pense qu'il pourrait au moins avoir ce petit souvenir et se dire, 'Allez, je laisse tranquille ceux qui me succèdent à ma place.' Ce serait élégant de sa part." Le message est clair ! »


Ce genre d'article me fascine, j'avoue. Je dois vivre sur une autre planète. Une planète où vendre « beaucoup de livres » ne fait pas un écrivain. Une planète où « se faire un nom » n'est tellement pas la priorité que personnellement j'ai connu Naulleau avant Ruquier, comme chroniqueur au Matricule des Anges et surtout par sa maison d'édition L'Esprit des Péninsules. C'est parce que je l'ai vu par hasard à la télé que parfois, je l'avoue, j'ai regardé cette émission, On n'est pas couché, et que j'ai mis un visage sur le nom de Laurent Ruquier. Et si vous voulez savoir ce que j'en pense, eh bien l'Esprit des Péninsules, c'était bien.
Résultat de recherche d'images pour "planète terre"

vendredi 1 septembre 2017

Les hommes manquent mais heureusement le livre est pauvre.

Et pourquoi pas une rentrée littéraire plastique ? A l'opposé de la marchandisation de la littérature et de son apogée saisonnier, voici qu'avec Philippe Agostini je me livre à la pratique du livre pauvre. Il y en a quatre conçus et peints par ses soins et écrits par les miens qui sont en fait chacun un exemplaire unique, et dont aucun ne dit exactement la même chose, sauf l'essentiel, à savoir que
les hommes manquent.





jeudi 31 août 2017

le livre que je ne voulais pas

Je ne parlerai pas tellement de la rentrée littéraire qu'on pourrait aussi bien appeler hareng très téméraire tant ce concept est saugrenu. Il n'empêche qu'il y paraîtra, qu'il y paraît, qu'il y est déjà paru des livres que je lirai, ou que je lirais bien, ou que je regretterai de n'avoir pas lu mais il ne sera jamais trop tard – sauf un jour peut-être parce qu'il paraît que tout a une fin. Précisément. A ce sujet ou justement non il y en a un qui s'intitule Le livre que je ne voulais pas écrire et à propos duquel je vais faire mon Pierre Bayard en attendant de le lire. Il faut dire que pour moi c'est un peu le livre que je n'aurais pas voulu lire, et que sûrement je lirai quand même (même si peut-être pas tout de suite, ou peut-être que si, tout de suite ; on verra). Je n'aurais pas voulu le lire – comme son auteur, Erwan Larher, n'aurait pas voulu l'écrire. Mais s'il l'a écrit, s'il a pu l'écrire et s'il a senti qu'il pouvait et qu'il devait l'écrire, si le livre s'est imposé à lui comme je crois qu'il s'est imposé, alors je le lirai. Je vais sûrement pleurer un peu – je ne vais pas tout dire pourquoi mais j'en ai dit déjà un peu ici, vous pouvez cliquer – mais connaissant Erwan je vais sûrement rire aussi. Et penser. Panser, peut-être. Connaissant Erwan depuis son tout premier, Qu'avez-vous fait de moi ?, je sais aussi qu'il ne fera pas de la littérature une simple matière à sujet. Il s'est trouvé qu'il a rejoint Quidam, mon éditeur. Il s'est trouvé que comme tant d'autres personnes il est allé à un concert le 13 novembre. Il s'est trouvé que quand il était à l'hôpital je n'ai pas tellement pensé à lui tout simplement parce que je pensais à quelqu'un d'autre qui y était aussi (pas le même hôpital mais le même concert oui), je lui fais la bise pour ça aussi. Alors du coup ça mérite bien tous mes vœux à son livre, avant même que je ne le lise.

lundi 28 août 2017

conseils d'écriture

La recherche de l'incompréhension est un procédé réaliste. Il ne faut toutefois pas en abuser. Mais c'est un procédé réaliste. A manipuler avec modération, mais réaliste.
La répétition aussi est un procédé réaliste. De celui-là non plus il ne faut pas abuser. Mais il est réaliste. Très très réaliste. Réaliste. La répétition.
On peut utiliser la répétition pour favoriser l'incompréhension. C'est très réaliste. Peut-être que c'est encore plus réaliste. Mais il ne faut pas en abuser. Il ne faut pas.  

Résultat de recherche d'images pour "lorem ipsum"

samedi 26 août 2017

nouvelle

Une fois, nous avons trouvé un restaurant, dans un quartier où nous n'allons pas très souvent. Nous avons pris le même plat, à base de viande de mouton et de petits pois. Il y avait sûrement d'autres choses dedans. Nous nous sommes régalés. Du coup, par la suite, lorsque nous repassions dans ce quartier, nous retournions dans ce restaurant, et nous prenions le même plat. Comme c'était un quartier où nous n'allions pas souvent, nous ne sommes retournés que deux ou trois fois dans ce restaurant, peut-être même moins. Mais à chaque fois, nous nous régalions. Et puis une fois, nous sommes retournés dans ce quartier et dans ce restaurant, et nous avons pris le même plat. Mais nous ne sommes pas régalés. Le plat paraissait tout à fait quelconque, et même légèrement écœurant. Pourtant il était identique à l’œil, et aucun des ingrédients ne paraissait avarié. Pourtant nous n'avions pas eu l'occasion de nous en lasser, à y goûter une ou deux fois par an. Mais quelque chose avait changé. C'était peut-être lui. C'était peut-être nous. On ne peut pas savoir. Nous nous sommes posé la question. C'était une question intéressante. Nous ne sommes pas retournés dans ce restaurant, alors nous n'avons pas su la réponse.

vendredi 25 août 2017

Style de Philippe

"Philippe peine à trouver son style", clame-t-on sur tous les médias - alors que je ne fais rien d'autre que tenter de lui échapper.

jeudi 24 août 2017

La fin du Monde est remise à une date ultérieure.

Tout à l'heure je suis tombé sur un article dans un hebdomadaire culturel. Le sujet m'intéressait, alors j'ai lu l'article avec intérêt. Quand j'ai terminé ma lecture, j'ai compris que c'était une critique littéraire : il y avait un titre, un nom d'auteur et un nom d'éditeur. Il y a quand même un problème. (Pour être clair – je n'aime pas être clair, mais c'est parfois utile – l'article ne parlait pas du livre, mais de son sujet.)
Dans le même ordre d'idée, j'avoue que quand j'ai lu qu'Eric Chevillard arrêtait sa chronique au Monde, celui-ci a failli s'écrouler. Mais voici que j'apprends l'arrivée dans ce même Monde de Claro et de Céline Minard. La fin du Monde est donc remise à une date ultérieure, comme dirait Tintin (dans l'Etoile mystérieuse), on va quand même pouvoir rentrer.

vendredi 18 août 2017

en attendant la fin de l'été-machine

La rentrée littéraire, c'est sûrement l'occasion de parler de l'Eté-machine de John Crowley, ce roman paru en 1979 et traduit par Rémi Oliska, repris en 2006 par les Moutons électriques et qu'on peut lire aujourd'hui dans la collection Points. C'est un roman post-apocalyptique et merveilleux, qu'on lit comme une formule magique. On y suit Roseau Qui Parle, ce jeune parleur véridique qui veut retrouver les choses perdues après la grande tempête provoquées par les anges, les hommes d'autrefois qui volaient dans d'étranges machines. On n'est jamais sûr de tout comprendre tant l'univers qu'on découvre avec le narrateur nous est étranger – étranger mais pas nécessairement hostile comme le veut une certaine tradition du récit apocalyptique. Il y a au contraire chez tous les personnages, si différents soient-ils, une sorte de bienveillance qui interroge. Roseau Qui Parle est le narrateur, animé à la fois par un amour perdu puis retrouvé puis perdu de nouveau et par une quête qui dépasse et même met en jeu sa simple personne. Le destinataire n'est pas le lecteur mais un ange (au sens que ce mot a dans le roman) ; narrateur et destinataire n'appartenant pas au même monde ont de séculaires raisons de ne se comprendre que par bribes, et c'est aussi la situation dans laquelle se retrouve le lecteur. Du coup, la lecture est très contemplative, et en effet c'est beau. Tiens, j'ouvre le livre au hasard :

« C'est en tout cas par un jour rempli d'odeurs et de petites choses pâles qui éclataient partout dans la forêt qu'avril fit son entrée. Et bien qu'il ait déjà plu à d'autres reprises, la Liste attendit ce jour-là pour sortir ses parapluies.
Je les regardai, de l'autre côté du Mur-Passage, déambuler avec leurs parapluies ouverts, sur la grande place de pierre. Il y en avait avec des pois, d'autres avec ou sans baleines ; certains étaient mal ouverts, d'autres carrément à l'envers. Capuchon était parmi eux, avec un parapluie plus large que tous les autres et une poignée étrangement sculptée. Il me sourit comme s'il pouvait me voir aussi bien que je les voyais. »


Et merci à Hugues Robert de la librairie Charybde de m'avoir mis ce livre entre les mains.

lundi 14 août 2017

tentative de désécriture d'un sonnet commis dans les années 80 du siècle dernier

Nue la nue
Nue
allongée au loin
qui dores
qui dors
et t’étires Au soleil
au soleil déclinant
déclinant tes vaporeux appas
Tu t’éloignes
encor
des lieux
des lieux que tu trompas
De ton ombre
diffuse
ton ombre diffuse
ton ombre diffuse et féconde
et féconde
en délires

Seul
dorénavant moi
sur le sol trop fangeux
Seul dorénavant moi sur le sol
trop fangeux
trop fangeux parmi tous les mortels
Parmi tous les mortels abandonnés
du rêve
J’ai connu
le plaisir
j'ai connu le plaisir
J'ai connu le plaisir de la vie qui s’élève
le plaisir de la vie qui s'élève
Au-delà
Au-delà des sommets éthérés
et neigeux

J’ai nagé
et neigeux j'ai nagé
dans les cieux de ton évanescence
J'ai nagé dans les cieux
Bien plus haut que ces dieux
tristes
ces dieux tristes dont la naissance
Est marquée par
le poids
le poids de la réalité

Et si
tendant les bras aux cimes
aux cimes désirables
aux cimes des érables
roué
Mon être
à naître
Mon être
n’atteint plus
les joies impondérables
Mes désirs
mes désirs à buste d'hommes
mes désirs
à corps chevalins
Mes désirs
débridés
cavalent galopent fuient
fuient

loin de la cité

samedi 12 août 2017

Je ne sais pas pourquoi je me souviens.

On lit, et après on oublie. Quand on lit beaucoup, c'est pire. Quand on vieillit aussi, c'est pire. Pour m'assurer un souvenir suffisant (et encore), il faut que je lise le livre trois fois. Deux, c'est insuffisant. La vie est insuffisante, autant dire. Les livres dont on se souvient le mieux, souvent, sont ceux qu'on a lus dans notre jeunesse. Parfois on s'en souvient bien alors même qu'on a oublié le titre et le nom de l'auteur. Toutefois, parmi ceux-là, il y en a dont je me souviens beaucoup mieux que d'autres. Ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. (Pour moi, hein, oui, pour moi ; mais ne chipotons pas.) Ou alors, peut-être que je les ai lus trois fois et que c'est pour ça que je m'en souviens mieux. Mais si je les ai lus trois fois, ce qui est possible après tout, ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. De ma période science-fiction, entre dix et quatorze ans environ, je me rends compte que je me souviens beaucoup mieux du Monde vert et de Croisière sans escale de Brian W. Aldiss que des trois premiers Fondation d'Asimov et de la plupart des Van Vogt. Bon, ça ne veut peut-être rien dire, sauf que je devrais peut-être les racheter, tiens, ces deux-là.

jeudi 13 juillet 2017

physique du sens

Il y a de la gravité dans tout énoncé. Tu écris quelque chose, et tout de suite, le sens ; le sens lui tombe dessus. C'est la loi de la gravité. Dans certains énoncés, la gravité est telle que la quantité de sens qui tombe est insoupçonnée. Et sous le sens : rien que le mot. Rien ne tombe sous le sens que le mot. Rien n'est vide. Rien n'est évident.
Image associée

mercredi 12 juillet 2017

Petra, Piera, Pierrette, Perrine

Ce jour-là un nuage d'ébène monta des profondeurs du ciel, répandit ses ténèbres.
Sautez

C'est l'inplicit (l'incipit suivi de l'explicit, quoi) de l'Apparition, de Perrine Le Querrec, paru aux éditions Lunatique. Je n'ai pas le temps d'en dire plus mais ça peut suffire pour donner envie, je trouve. C'est le cœur des hommes encore, à travers une apparition à trois petites filles d'autrefois, plus tout à fait petites, dans un village reculé qui devient le carrefour de toutes les croyances, les incrédulités, les curiosités. Trois petites filles aux noms de pierre : Petra, Piera, Pierrette. (Et le lecteur évidemment rajoute : Perrine.)
Et c'est un poème – aussi.

samedi 8 juillet 2017

une révélation

En France, il n'y a pas si longtemps, on coupait la tête des coupables ; et en effet cela fonctionnait comme une preuve irréfutable : si la tête était coupable, il y a fort à parier que le reste de l'individu l'était aussi.

jeudi 6 juillet 2017

addict aux champignons

La revue web Addict Culture m'a invité, et je l'en remercie, à leur offrir une madeleine ; les miennes évidemment poussent dans les bois et sont lisibles ici, cliquez donc.

dimanche 2 juillet 2017

inplicit

Hier j'ai inventé un nouveau jeu. C'est rigolo. J'ai appelé ça l'inplicit parce que ça consiste à prendre l'incipit et l'explicit d'un livre et à les coller l'un à l'autre. Ça nous fait l'économie de la lecture de tout le reste et c'est souvent très révélateur. J'ai commencé avec la Recherche et évidemment je suis tombé sur le très joli
« Longtemps, je me suis couché dans le Temps. »
Comme ça me disait quelque chose, j'ai fait une recherche et je me suis rendu compte que Genette l'avait déjà trouvé ; c'est dans Palimpsestes mais je n'ai pas relu tout le passage, j'ai envie de refaire mes petites trouvailles tout seul si vous voulez bien.
L'inplicit rendant le contenu du livre implicite son nom lui va bien je trouve. A notre époque du tout économique on a tout à y gagner, la Recherche en huit mots est vite lue et somme toute, qui sait, il reste l'essentiel. D'ailleurs taire est une tendance de la littérature, mon système a du bon.
Dans la foulée, j'ai inplicité quelques classiques que vous reconnaîtrez sans peine :

« Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait la croix d'honneur. »

« Le 15 mai 1796, le Général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur : Ernest V adoré de ses sujets qui comparaient son gouvernement à celui des grands-ducs de Toscane. »

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui changeait pour lui l'aspect de la société. »

« Le rêve est une seconde descente aux Enfers. »

« Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université des remords aux regrets et des fautes aux souffrances. »
(De qui est celui-ci, hein ? On fait moins les malins.)

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour avoir touché au manteau de Tanit. »
(L'une des difficultés, pour certains romans, consiste à ne pas trop remonter l'explicit si celui-ci a le malheur de dire explicitement quelque chose du dénouement, afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui auraient encore l'idée incongrue de lire le roman dans son intégralité.)

J'ai même essayé avec un recueil de poèmes (illustre) :
« La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ! »
(Un inplicit qui me parle de ma sottise à trouver du nouveau dans l'inconnu – en l'occurrence ce jeu de l'inplicit : on est toujours renvoyé à ce qu'on fait.)

Puis je suis revenu au XXe siècle :

« Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit, qu'on n'en parle plus. »
« Nous voici encore seuls, mon oncle. »
(Oui, c'est le même auteur.)

« C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. « Je suis bien curieux de connaître Caloub. »
(Facile, je le reconnais.)

« Aujourd'hui, maman est morte avec des cris de haine. »
(Mais hier, non. Demain non plus. Il n'y aura pas d'histoire. Pas de meurtre. Ou, s'il y a meurtre, il n'y aura pas de procès.)

Evidemment, cet auteur-ci ne pouvait échapper :
« Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car l'ombre se parfait. »
« Je serai quand même bientôt tout à fait plus rien »
« Où maintenant continuer. »
(Remarquez comme ces trois derniers mots résument bien le problème qui se pose à Beckett après avoir terminé l'Innommable – car évidemment c'est lui.)

« Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre et vous quittez le compartiment. »

« Il tenait une lettre à la main, abandonnée, inutilisable, livrée à l'incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps. »
(Un de mes inplicits préférés. C'est la Route des Flandres de Claude Simon – et c'est aussi la littérature.)

Comme mon ami Didier da Silva me disait le bien qu'il pensait de ce jeu (c'était sur Facebook, au fait – un terrain de jeu, quoi), je lui ai répondu :
« C'est à peine s'il somnole doucement dans le vent. », et vous, lisez donc Hoffmann à Tokyo si ça n'est pas déjà fait, à quoi il m'a répondu :
« Une autre brindille encore apparaît, au moins comme ça enfin c'est fini. »
J'avoue que cédant au narcissisme propre à la profession, j'avais déjà inplicité :
« C'était en plein milieu des champs. Il n'y avait pas de relief à la surface du monde. »

D'ailleurs j'avais bien envie de faire un sort aussi aux auteurs contemporains, par exemple à Pascale Petit :
« J'aime quand elle me dit On retrouvera nos corps recouverts de suçons et deux cents tonnes de cailloux inconnus sur Terre. »
C'est l'inplicit de Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, un inplicit assez explicite je trouve ; quelque chose comme le faisceau minuscule et circonscrit d'une lampe torche dans la pénombre.

(Bon, ceux qui chercheraient des réponses peuvent regarder dans les libellés au pied de ce billet.)

pensée présidentielle

"Dans une gare, vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien."

Cette sortie est-elle la marque d'une pensée complexe ou d'une pensée simpliste ?

vendredi 30 juin 2017

mais qui m'a breveté ça ?

En jetant un premier coup d’œil sur le sujet de français du brevet je me dis que l'antistructuralisme en vogue depuis une dizaine d'années est à peu près aussi intelligent que son contraire mal digéré des décennies précédentes.

jeudi 29 juin 2017

Emmanuel et Manuel, le dénouement annoncé (attention : spoiler)


Voici le projet de couverture pour Emmanuel et Manuel, le remake politique d'Elise et Lise. Les lecteurs d'Elise et Lise ne manqueront pas de remarquer l'importance de la fenêtre ouverte, et comprendront que le destin de leur président est écrit dans les Trois Nains de la forêt, le conte de Grimm - à ceci près que ledit conte est un conte merveilleux.

mercredi 28 juin 2017

A supposer qu'on m'interroge sur les Ruminations du potentiel de Jacques Jouet

A supposer qu'on me demande ce que je suis en train de lire en ce moment, je répondrais que je viens tout juste de terminer un petit livre de Jacques Jouet dégoté au récent Marché de la Poésie sur le stand des Editions Nous, et peut-être alors devineriez-vous qu'il s'agit de ces Ruminations du potentiel dont vous avez déjà reconnu ma maladroite tentative d'imiter non pas le style (à la notion duquel l'auteur, il l'écrit à la page 72, ferait volontiers la peau à moins qu'on ne le mette au pluriel – j'abonderais bien dans ce sens si j'en avais le temps), non pas le style disais-je mais plutôt disons le protocole, à savoir d'initier comme ici chaque propos par un « à supposer », dont la définition donnée en quatrième de couverture ne serait plus qu'à reproduire à la suite : « une phrase unique très développée, initiée par la formule : « A supposer que... » », cela si l'auteur avait pensé à rédiger sous cette forme ladite quatrième, ce qu'il n'a pas fait, très certainement pour empêcher le commentateur paresseux, il l'est trop souvent, de se contenter de la recopier, afin évidemment d'éviter de parler du livre lui-même, moins par crainte de le déflorer mais que par souci de s'abstenir d'un effort intellectuel hors de saison en cette fin juin.

mardi 27 juin 2017

Emmanuel et Manuel, la suite.

Emmanuel et Manuel, ce remake politique d'Elise et Lise, se poursuit. Si vous voulez connaître la fin, vous savez quoi lire.
Le groupe LREM accepte que Manuel Valls siège avec eux comme apparenté à l'Assemblée

dimanche 25 juin 2017

Cyril. Eric.

Hier Didier m'a envoyé Cyril. Ou plutôt quelques jours auparavant, car Cyril est arrivé par la poste, Didier étant peut-être l'ami que je vois le moins souvent, la France est longue à traverser. J'ai donc reçu Cyril dans ma boîte aux lettres, mais en plein cœur aussi. Car Cyril est l'ami qu'on a perdu. « Ce texte est destiné à ceux qui ne t'ont pas connu » écrit l'auteur en post-scriptum, et en effet j'en suis. Et pourtant. Et pourtant je n'ai pas cessé d'être accompagné dans cette lecture par un autre ami, à moi, qui lisait par-dessus mon épaule. Il n'avait rien de commun, tu n'avais rien de commun avec Cyril, l'ami de Didier, je ne t'ai jamais vu avec un blouson d'aviateur ni faire de la moto, sauf que quand tu es parti, pour moi aussi les dernières traces de la fin de mon adolescence aussi se sont effacées.
Merde j'en pleure encore.

mardi 20 juin 2017

les hommes sont des vases

« Il réfléchit à tout ce qui lui avait été dit. C'était terrible, mais il en avait eu plus qu'il n'en avait eu jusque-là. Ça lui paraissait étranger, comme s'il avait écouté l'histoire d'un autre. L'homme squelettique qui dormait devant lui semblait n'avoir rien de commun avec l'homme qui avait évolué dans l'histoire qu'il avait racontée. Il se demanda comment le temps agissait sur un être. Il se demanda à quoi il ressemblerait dans quelques années et quel effet cette histoire aurait sur lui. Il espérait qu'elle aurait comblé le vide en lui, mais tout ce qu'il ressentait c'était la vacuité et la peur qu'il n'y ait rien pour combler cette béance. »


C'est un extrait de Les Etoiles s'éteignent à l'aube, le premier roman traduit en français (par Christine Raguet) et publié aux éditions Zoé de Richard Wagamese, dont il n'est peut-être pas inutile de préciser qu'il appartient à la nation ojibwé. Je dis ça, je n'y crois pas une seconde. La littérature n'a pas de nation, de nationalité, de pays ; elle est toujours étrangère, et universelle en même temps. Elle nous dit, la littérature, elle nous dit ici que les hommes sont des vases, des récipients, qu'il faut vider à un moment pour qu'ils puissent continuer ou finir en paix, vider et transvaser dans d'autres, pour que ceux-là gagnent un temps le poids qui leur permettra d'arpenter le monde. Et le contenu, ce qu'il faut transvaser d'un homme à un autre, c'est une histoire.

lundi 19 juin 2017

l'odeur des tiges de kukicha

au moment de les jeter
sens une dernière fois
l'odeur des tiges de kukicha

encore imbibées d'eau

dimanche 11 juin 2017

scrutons quand même

Certains organes de presse considérant sans doute qu'il y a quelque chose de vaguement négatif à informer se débarrassent de cet oiseux préfixe et préfèrent tout compte fait former les esprits.

mercredi 7 juin 2017

Elise et Lise à Chevreuse

Samedi 10 juin à 21 heures, Elise et Lise et moi sommes les invités de la Librairie Les Racines du Vent, 66 rue de la Division Leclerc à Chevreuse, et c'est à Pascale Petit qu'incombera la lourde tâche de me faire parler.  

mardi 6 juin 2017

Pour la préservation de la Sarigue rambolitaine


A Rambouillet, si tu n'habites pas en centre-ville, tu n'as pas besoin de lire.
Cliquez donc sur le lien, et n'hésitez pas à signer la pétition, pour défendre la Sarigue, bibliothèque de quartier.



Résultat de recherche d'images pour "sarigue"

lundi 5 juin 2017

pas un scoop

Le conformisme social est naturel aux espèces grégaires et ce n'est pas une bonne nouvelle.

Résultat de recherche d'images pour "flamants roses"

dimanche 4 juin 2017

un souvenir persistant

- C'est de moi que tu veux savoir ta route ?
- Oui, dis-je, puisque je ne peux la trouver moi-même.
- Renonces-y ! Renonces-y ! dit-il en se détournant d'une pièce comme ceux qui veulent rire tout seuls.


Kafka, le Renoncement 

vendredi 2 juin 2017

mercredi 31 mai 2017

Elise et Lise chez Marguerite

Jeudi 1er juin à 19 heures, la Bibliothèque Marguerite Audoux (10 rue Portefoin 75003 Paris) nous fait l'immense plaisir de nous inviter, Elise et Lise, Pascal Arnaud et moi, à propos de ces deux filles en miroir, du coup je vous invite !

lundi 29 mai 2017

Un souffle sauvage

J'ai lu Un souffle sauvage, de Jérôme Lafargue. Ce n'est pas un roman – car Jérôme Lafargue, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, est un formidable romancier – c'est un récit autobiographique, plus autobiographique que narratif, d'ailleurs. Il est aussi court que l'auteur est secret. Et quand je l'ai refermé, je me suis rendu compte que je l'avais déjà lu. Je l'avais déjà lu entre les lignes de ses romans. Je l'avais déjà lue entre les lignes de ses romans, cette figure du père enracinée parmi les pins des Landes. Mais là, en lisant les lignes écrites entre les lignes, c'était bon de les avoir pour de vrai sous les yeux, les lignes entre les lignes, et ça m'a fait comme une tape discrète sur l'épaule. Et en effet je lisais assis sur un banc, sous un vieux catalpa, qui venait de laisser choir une gousse sèche sur mon épaule pour me faire signe. Et je me suis dit : on n'est jamais seul.


Cette photo, c'est le tronc du vieux catalpa. Je l'ai prise avant de m'asseoir sur le banc. Quant à Un souffle sauvage, il vient de paraître aux éditions du Sonneur.

jeudi 25 mai 2017

Au centuple

Toutes les cent histoires (lesquelles n'en sont pas toujours au sens strict du terme – mais certes tout n'est-il pas qu'histoires ?) composant ce huitième livre de Jérôme Lafargue qui, pour tout récemment paru (aux éditions de l'Attente) qu'il soit, n'est déjà plus le dernier (et cela nous rassure, vous allez comprendre pourquoi), comptent cent mots, ni plus ni moins. Aussi m'en faudra-t-il exactement le même nombre pour composer ce billet, lequel selon mon habitude ne parle pas du livre lui-même, mais informe son auteur imprudent que le voici condamné, pour une parfaite cohérence, à en publier encore quatre-vingt-douze autres.

Résultat de recherche d'images pour "jérôme lafargue au centuple"

lundi 22 mai 2017

Premier album, septième pellicule : figures.

On m'écrit : « J'aime ce passage. » Alors, tiens, puisque je l'aime aussi, je le recopie. C'est dans Mémoires des failles, paru il y a juste deux ans aux éditions de l'Attente.

Premier album, septième pellicule : figures.

Rien d’étonnant dès lors dans la tentation, récurrente à cette époque, de se couper du reste du monde. Ce n’est pas difficile. Il suffit de fermer les yeux. De les fermer très fort. Ça ne les empêche pas de voir, oh non, loin de là. Mais au moins, on sait à l’avance, à peu de choses près, ce qu’on va voir : le spectacle est toujours le même.
C’est un spectacle abstrait. Il commence doré et soyeux, en perpétuel et total mouvement, décomposable à l’infini en de multiples échanges d’infimes allers et de retours symétriques, organisé autour d’un centre en couronne pseudo-circulaire aplatie horizontalement, plus foncé dans sa périphérie indécise et presque angora, plus lumineux à l’intérieur, avec sans doute, au centre du centre, un point de fuite tel un point de chute, aussi bien noir qu’éclatant, principe essentiel autour duquel le reste s’organise. Mais bien avant d’en avoir pris une telle conscience c’est, sur la même structure concentrique, une tonalité tout autre qui brusquement et sournoisement se révèle, des motifs quasi algébriques, crépitant de blancheurs à angles droits, sur des fonds de couleurs primaires, rouges dans les parties intermédiaires, jaune éclatant au milieu, bleu ou vert sombre et froids aux bordures à peine perceptibles. C’est d’autant moins plaisant, moins chatoyant que l’on commence à percevoir un mouvement essentiel dont on comprend qu’il a toujours été là, et dont seule la somptueuse richesse des débuts a empêché la prise de conscience ; une lueur autoritaire sous-jacente au centre du panorama, qui agite régulièrement, avec une vivacité difficilement supportable, des membres indéfinis et venteux de mécanique intérieure, balayant les restes dépréciés d’une algèbre éparse, se manifestant de plus en plus clairement comme une menace telle qu’il devient impossible de rien voir d’autre, de sorte qu’on ne peut poursuivre.

dimanche 21 mai 2017

douceur du chômage

je touche le chômage il est doux souple, un peu poilu
d'autres l'ont glabre et rugueux
je prépare mon corps pour la phrase dite
chômage et je hurle

chômage plus fort personne n'entend je promets de hurler de mieux en mieux je ne suis pas en mesure de promettre mais personne n'entend je promets à l'espace je suis un chômeur monstrueux je crache sur le travail

mon cœur est un piano fermé à clef dit la jeune fille quelle musique entendre alors quel air aimer ?
le désir était là quelqu'un l'a détourné
les techniques ont caché les outils j'ai appris à m'en servir mais pas pourquoi je m'en servais


Antoine Mouton, Chômage monstre, éditions La Contre-allée, 2017, p. 64-LXV.


lundi 15 mai 2017

Un réverbère

Un réverbère dans la brume peut-il résumer une pensée ?


Peut-il les résumer toutes ?


Que partage-t-il avec son reflet dans l'eau ?
Deux idées justes par jour, comme une horloge arrêtée ?


Pascal Blondiau, Dès l'instant, Les Carnets du Dessert de Lune, 2010. Illustrations de Marie Campion.

dimanche 14 mai 2017

un dilemme

En fait il y a deux écueils essentiels et opposés, Charybde et Scylla entre lesquels l'artiste doit naviguer : d'un côté il risque de trahir son œuvre, de l'autre il devient le singe de lui-même.
Tenir le cap même n'est pas une expression à suivre à la lettre.

samedi 13 mai 2017

Une formule est une petite forme.

Un jour, j'avais seize ou dix-sept ans, j'ai écrit un tout petit poème. A cette époque, j'écrivais tous les jours. Je m'asseyais à mon bureau – ou peut-être plutôt que je m'allongeais sur le lit, en fait –, et j'écrivais. Je partais pour longtemps. Et cette fois-là, j'ai écrit une dizaine de mots, et c'était fini. J'ai essayé de continuer le poème, de le rallonger ; mais non, il n'y avait plus rien à dire. Il n'y avait pas d'au-delà. Je ne savais pas que ça pouvait être si court. Il m'a fallu l'admettre.

mardi 25 avril 2017

Dans le jardin d'un hôtel avec Gabriel Josipovici

Bon, j'ai lu Dans le jardin d'un hôtel. C'est le roman de Gabriel Josipovici qui vient juste de paraître chez Quidam, dans la traduction de Vanessa Guignery. Oui, Quidam c'est mon éditeur. Et Gabriel Josipovici l'un des auteurs phares de son catalogue, auquel figurent déjà Moo Pak, Tout passe, Goldberg : Variations, Infini– l'histoire d'un moment. Oui, je les ai tous lus. Oui : je les ai tous aimés. Un peu plus que ça, même. J'ai même lu Contre-jour. Triptyque d'après Pierre Bonnard, paru chez Gallimard en 1988. Non, ils n'ont pas été fichus de le garder, chez Gallimard ; on se demande ce qu'ils fichent, d'ailleurs. Et j'en ai même lu un autre encore dont je tais le nom parce qu'il n'est pas disponible en français. Donc oui : mon intérêt pour le travail de Gabriel Josipovici dépasse ma naturelle solidarité avec mon éditeur.
En parler, maintenant. A chaque fois avec lui les mots me manquent. Il y a chez Josipovici une limpidité qui n'est pas qu'apparente, une sorte de limpidité proprement extraordinaire : on voit des choses qui sont si fines, si ténues qu'on est en droit de douter de leur propre existence. Et pourtant, on les voit. C'est qu'il y a là véritablement quelque chose. Alors bien sûr je pourrais juste gloser le récit : dire comment Ben raconte à Rick et Francesca comment, en vacances avec Sandra dans un hôtel qui n'est pas celui du titre, il a fait la rencontre de Lily, laquelle lui a racontée comment, autrefois, sa grand-mère est tombée amoureuse d'un jeune homme déjà fiancé, retrouvé, après une première rencontre, dans le jardin d'un hôtel, celui du titre cette fois, celui que Lily est venue retrouver cet été, à Sienne, juste avant de finir les vacances dans les Dolomites, où elle rencontre Ben. Mince, j'ai tout raconté. Horreur. Attends, je me relis. Non, ça va, je n'ai rien raconté du tout, en fait.

Car il s'est passé quelque chose là, dans cet hôtel, ou plus tard dans cet autre hôtel – ou non : il ne s'est rien passé. Non qu'on doute de la réalité objective des événements racontés comme dans certains romans contemporains qui par ailleurs me sont chers. Non. Simplement : savoir si ce qui s'est passé est quelque chose, ou pas. Car ce qu'on lit, ce n'est jamais que plusieurs conversations (il y aurait tout un travail à faire sur la conversation chez Josipovici, je la vois comme sa partition, la conversation, avec des interprètes multiples, des parties multiples ; si j'étais un peu musicien je vous expliquerais probablement ça beaucoup mieux), plusieurs conversations donc qui en retracent d'autres, d'autres conversations plus anciennes, le tout devenant une vaste conversation intégrant finalement celle entre Rick et Francesca, qui discutent entre eux de ce qu'ils ont entendu de la bouche de Ben, ne sont pas forcément d'accord, comme nous ne le serons pas, nous non plus, le jour où vous aurez lu Dans le jardin d'un hôtel et que nous en parlerons ensemble.


Gabriel Josipovici sera l'invité de la libraire Charybde, 129 rue de Charenton à Paris, demain mercredi à 19h30. Je ne vais pas manquer ça, pour ma part.



dimanche 23 avril 2017

devoir (pas seulement électoral)

Quelle différence voyez-vous entre "élu démocratiquement" et "élu de manière réglementaire" ?
Vous avez quatre heures. Et même un peu plus.


PS du soir : Voilà. La différence, on la vivra dans quinze jours, et pendant cinq ans.
(Précision : ce n'est évidemment pas la présence de Macron au 2e tour qui me gêne, même si on aura compris que ce n'était pas mon choix. C'est la présence d'une candidate que même Jean Lassalle aurait eu de bonnes chances de battre au second tour, tant elle provoque de rejet.)

vendredi 21 avril 2017

Histoire immédiate

Je viens de voir un truc dans le jardin, sur la pelouse. Je ne savais pas ce que c'était, ça n'avait pas l'air d'être un chat. Je n'avais pas mes lunettes alors je ne voyais pas bien mais ça n'avait pas l'air d'être un chat (parce que parfois dans le jardin sur la pelouse il y a un chat). Alors ce que j'ai fait : je suis sorti et je suis allé voir. Je suis arrivé sur place, je l'ai regardé de près (je vois très bien de près), et je l'ai même pris dans mes mains pour essayer de comprendre ce que c'était. En effet, ce n'était pas un chat, ce n'était pas du tout un chat. Je ne sais pas du tout ce que c'était.
Tout compte fait même de loin je n'ai pas vraiment besoin de lunettes.

samedi 15 avril 2017

Ego paradoxal

Quand on a le sentiment d'avoir vraiment réussi un livre (pour autant que réussir ait un sens), on aimerait bien mais on ne peut même pas vraiment en être fier. Au contraire, on se sent tout petit à côté ; on appréhende l'avenir. On ne fait pas son fier, quoi.

jeudi 13 avril 2017

La France a peur.

Comme disait Roger Gicquel, la France a peur. Rendez-vous compte : Jean-Luc Mélenchon, si l'on en croit les sondages, aurait une chance d'arriver au second tour. Panique à bord. Cela fait des mois qu'on nous annonce Marine Le Pen au second tour sans que ça émeuve plus que ça, on s'était fait une raison ; mais avec Mélenchon, non, ça n'est plus possible. Que signifie cette peur ? Ou plutôt, que présuppose-t-elle ? Que Le Pen sera au second tour (est-ce si inévitable, d'ailleurs ?), et que dans ce cas une part importante des électeurs se retrouvera sans choix possible. Personnellement il y a là quelque chose qui choque ma raison. Pour beaucoup d'électeurs, avoir Le Pen au second tour, ça signifie déjà devoir voter contre elle. C'est déjà en soi un non-choix. Un non-choix intolérable en démocratie. Et c'est le système même, ce type d'élections avec à la clé son régime de monarchie présidentielle, c'est cela la cause même du non-choix. Chaque parti tente de gagner par défaut contre Le Pen, laquelle dans tout ça n'est qu'un repoussoir. Que peut-on espérer d'un parti qui prend le pouvoir par défaut ? On a vu le résultat. Ce qu'il faut réformer, c'est la Ve République.

lundi 10 avril 2017

ce livre intitulé ce livre

*Permettez-moi de revenir un instant sur la notion d'autoréflexivité (ou autoréférentialité, ou conscience de soi), qui joue évidemment un rôle significatif ici. Depuis le tout début – depuis le titre, en fait – ce livre semble ne parler que de lui-même. Mais est-ce vraiment le cas ?*

Je m'étais promis de parler un peu de ce livre, ce livre, donc, dans ces Hublots, alors je le fais. Si du même Guy Bennett traduit par le même Frédéric Forte aux mêmes éditions de l'Attente vous avez déjà lu Poèmes évidents, ça va vous rappeler des souvenirs ; sinon, rappelez-vous.

Ce livre déictiquement intitulé ce livre fait le pari de ne parler que de lui, de la manière la plus essentielle qui soit, dans un projet qui n'est pas sans rappeler le livre sur rien de Flaubert dans sa lettre à Louise, mais qui assumerait de l'être vraiment. Mais tout en assumant vraiment n'être que cela, n'est-il pas aussi véritablement autre chose ?