jeudi 25 mai 2017

Au centuple

Toutes les cent histoires (lesquelles n'en sont pas toujours au sens strict du terme – mais certes tout n'est-il pas qu'histoires ?) composant ce huitième livre de Jérôme Lafargue qui, pour tout récemment paru (aux éditions de l'Attente) qu'il soit, n'est déjà plus le dernier (et cela nous rassure, vous allez comprendre pourquoi), comptent cent mots, ni plus ni moins. Aussi m'en faudra-t-il exactement le même nombre pour composer ce billet, lequel selon mon habitude ne parle pas du livre lui-même, mais informe son auteur imprudent que le voici condamné, pour une parfaite cohérence, à en publier encore quatre-vingt-douze autres.

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lundi 22 mai 2017

Premier album, septième pellicule : figures.

On m'écrit : « J'aime ce passage. » Alors, tiens, puisque je l'aime aussi, je le recopie. C'est dans Mémoires des failles, paru il y a juste deux ans aux éditions de l'Attente.

Premier album, septième pellicule : figures.

Rien d’étonnant dès lors dans la tentation, récurrente à cette époque, de se couper du reste du monde. Ce n’est pas difficile. Il suffit de fermer les yeux. De les fermer très fort. Ça ne les empêche pas de voir, oh non, loin de là. Mais au moins, on sait à l’avance, à peu de choses près, ce qu’on va voir : le spectacle est toujours le même.
C’est un spectacle abstrait. Il commence doré et soyeux, en perpétuel et total mouvement, décomposable à l’infini en de multiples échanges d’infimes allers et de retours symétriques, organisé autour d’un centre en couronne pseudo-circulaire aplatie horizontalement, plus foncé dans sa périphérie indécise et presque angora, plus lumineux à l’intérieur, avec sans doute, au centre du centre, un point de fuite tel un point de chute, aussi bien noir qu’éclatant, principe essentiel autour duquel le reste s’organise. Mais bien avant d’en avoir pris une telle conscience c’est, sur la même structure concentrique, une tonalité tout autre qui brusquement et sournoisement se révèle, des motifs quasi algébriques, crépitant de blancheurs à angles droits, sur des fonds de couleurs primaires, rouges dans les parties intermédiaires, jaune éclatant au milieu, bleu ou vert sombre et froids aux bordures à peine perceptibles. C’est d’autant moins plaisant, moins chatoyant que l’on commence à percevoir un mouvement essentiel dont on comprend qu’il a toujours été là, et dont seule la somptueuse richesse des débuts a empêché la prise de conscience ; une lueur autoritaire sous-jacente au centre du panorama, qui agite régulièrement, avec une vivacité difficilement supportable, des membres indéfinis et venteux de mécanique intérieure, balayant les restes dépréciés d’une algèbre éparse, se manifestant de plus en plus clairement comme une menace telle qu’il devient impossible de rien voir d’autre, de sorte qu’on ne peut poursuivre.

dimanche 21 mai 2017

douceur du chômage

je touche le chômage il est doux souple, un peu poilu
d'autres l'ont glabre et rugueux
je prépare mon corps pour la phrase dite
chômage et je hurle

chômage plus fort personne n'entend je promets de hurler de mieux en mieux je ne suis pas en mesure de promettre mais personne n'entend je promets à l'espace je suis un chômeur monstrueux je crache sur le travail

mon cœur est un piano fermé à clef dit la jeune fille quelle musique entendre alors quel air aimer ?
le désir était là quelqu'un l'a détourné
les techniques ont caché les outils j'ai appris à m'en servir mais pas pourquoi je m'en servais


Antoine Mouton, Chômage monstre, éditions La Contre-allée, 2017, p. 64-LXV.


lundi 15 mai 2017

Un réverbère

Un réverbère dans la brume peut-il résumer une pensée ?


Peut-il les résumer toutes ?


Que partage-t-il avec son reflet dans l'eau ?
Deux idées justes par jour, comme une horloge arrêtée ?


Pascal Blondiau, Dès l'instant, Les Carnets du Dessert de Lune, 2010. Illustrations de Marie Campion.

dimanche 14 mai 2017

un dilemme

En fait il y a deux écueils essentiels et opposés, Charybde et Scylla entre lesquels l'artiste doit naviguer : d'un côté il risque de trahir son œuvre, de l'autre il devient le singe de lui-même.
Tenir le cap même n'est pas une expression à suivre à la lettre.

samedi 13 mai 2017

Une formule est une petite forme.

Un jour, j'avais seize ou dix-sept ans, j'ai écrit un tout petit poème. A cette époque, j'écrivais tous les jours. Je m'asseyais à mon bureau – ou peut-être plutôt que je m'allongeais sur le lit, en fait –, et j'écrivais. Je partais pour longtemps. Et cette fois-là, j'ai écrit une dizaine de mots, et c'était fini. J'ai essayé de continuer le poème, de le rallonger ; mais non, il n'y avait plus rien à dire. Il n'y avait pas d'au-delà. Je ne savais pas que ça pouvait être si court. Il m'a fallu l'admettre.