Chroniques imaginaires de la mort vive (Melville éditeur)



Chroniques imaginaires de la mort vive, Melville éditeur, 2005.



- La bête en nous  (interview dans le Matricule des Anges n° 64, par Lise Beninca)
 
- Brumes et brouillard, (lecture sur Zazieweb, par Easter )
  Avec ce roman Philippe Annocque nous entraîne doucement dans les nasses d'une histoire de meurtres traditionnelle menée avec une dose croissante de suspense et magnifiquement aidée en cela par une écriture raffinée qui, tout en restant allusive ne prétend pourtant pas à une légèreté qui ne siérait pas à l'atmosphère pesante que dégage cette intrigue sise quelque part dans la France profonde.
Ce roman n'offre pas une lecture facile, c'était aussi vrai à propos du livre précédent de l'auteur commenté ici-même* ; sa volonté de dire sans affirmer mais en effleurant demande une attention soutenue, parfois une relecture de certaines lignes à la lumière de passages antérieurs ou postérieurs. C'est qu'il ne faut manquer aucun maillon de cette histoire toute en révélations feutrées, tout comme il faut prendre le temps de goûter le choix des mots, de s'attarder sur la façon dont Ph. Annocque a choisi de les distiller afin qu'ils tissent petit à petit dans la tête du lecteur précisément ce que l'auteur a en tête. Philippe Annocque est un artisan de l'écriture, il ne se précipite pas, ménage ses effets, s'impose des contraintes que logiquement il impose aussi au lecteur qui se voit récompensé par une lecture où absence de facilité rime avec plaisir ; le plaisir d'entrer dans le monde épuré et impressionniste de l'auteur et de se laisser porter au fil de son écriture finement travaillée, réfléchie, d'une classique élégance. Une fois le roman refermé on a d'une part du mal à se défaire du malaise créé par l'intrigue et on reste d'autre part un peu sonné, comme intimidé par le talent d'un auteur bien discret. A découvrir donc, et à savourer lentement, au rythme des nuages qui s'étirent dans le ciel d'hiver brouillé : "C'était au-dessus du sol ras comme une infinité de nuages animés d'un étirement lent et régulier, qui s'en allaient vers les sous-bois. D'autres plus bas et plus denses à même le sol ne bougeaient pas, ils n'avaient pas cette fluidité diaphane et ondoyante, cette propension à se diviser en un délicat déchirement ou au contraire à s'agglomérer au point de ne plus faire qu'un qui caractérisait ceux que dans l'instant tu prenais pour leurs reproductions éthérées.
Ce n'était, à dire sur un mode différent, rien d'autre que les restes d'un troupeau de moutons étendus répandus parmi la pâture et fumant encore du souvenir d'un récent carnage."
 
- Au diable vauvert  (lecture sur Zazieweb) par Calistoga
A mi-parcours
L'ambiance d'abord... J'ai tout de suite pensé aux Saisons de Maurice Pons. Il fait glacial et le brouillard enveloppe paysage et personnages dans un halo fantomatique. Est-on certain de ce qui se passe ? Rien n'est moins sûr.
L'écriture ensuite qui s'enroule autour d'une idée, en propositions successives qui cherche à en épuiser le sens sans en prononcer le nom. Mais de quoi s'agit-il enfin ?!
L'histoire enfin. Cela fait froid dans le dos. J'ai du reposer souvent ce petit livre précieux qui m'attache et que je repousse. Mais qui donc est cette bête immonde ?
 
Vous pouvez renoncer à lire ces chroniques si vous n’aimez pas la poésie, si l’évocation de la quête d’un jeune soldat tout juste revenu des Flandres vous indiffère, si jamais, petit, on ne vous a conté la terrible énigme de la bête du Gévaudan, si, vous n’aimez pas les princesses fragiles à la peau translucide, dont les yeux pâles cachent le mystère d’une vie secrète « derrière les barreaux du portail dont la peinture n’est plus qu’un souvenir écaillé dessinant des caractères sibyllins ».
Renoncez, vous dis-je à essayer de comprendre le lien qui relie ces meurtres mystérieux d’une jeune fille d’abord, de son père ensuite et d’autres encore. Serait-ce lui, ce pauvre poilu, qui finit par tuer car toute humanité lui a été retiré par ces années de barbarie au fond des tranchées ?
Mais si vous aimez vous laisser porter dans un lieu imaginaire, entre les terres de Gracq et de Pierre Michon (tentons le grand écart !), si l’histoire très ancienne des terroirs de France vous émeut, si la quête universelle des hommes et des femmes que la vie a rendus orphelins par trop de peine ou de souffrance vous concerne, alors oui, précipitez-vous sur ce petit volume que je m’en vais relire de ce pas.
 
- Sur fond blanc (billet sur Les idées heureuses, par Didier da Silva)
 
- Lecture de Chloé Dubreuil (Le blog de Chloé) :
C'est un récit étrange. En le lisant, je pensais aux Chants de Maldoror, mais aussi au Chien des Baskerville. L'atmosphère, sans aucun doute, faite de brume, d'appels inaudibles. Et ces assassinats horribles, incompréhensibles jusqu'à ce que la voix de la mort vive éclaire cette histoire. Les personnages eux-mêmes ont quelque chose de flou, d'incertain. C'est un récit daguerréotypé où tout est murmuré plutôt que dit, où tout semble recouvert d'un voile frémissant au rythme d'émotions vives. Ces chroniques imaginaires ne racontent pas la vie, elles racontent un rêve. Un rêve puissant et cruel, et qui vous chavirent le cœur et les sens.
 
- L'avis de Gérard Bobillier, des éditions Verdier, sur le manuscrit
- Billet sur les Chroniques d'Asteline.