Pas Liev (Quidam éditeur)


Pas Liev, Quidam éditeur, 2015
Feuilleter le livre sur le site de Quidam.



  •  Conte de l'enfermement ordinaire, article dans le Chirurgien-Dentiste de France (10 mars 2016)



  • "Ellipses", article de Julien d'Abrigeon dans JUNKPAGE (mars 2016)


  •  Article d'Alain Nicolas sur le site du journal l'Humanité (10 février 2016)

"Philippe Annocque nous propose un roman dense et inquiétant, où chacun est convoqué pour faire face à sa folie, où rien de ce qui est vu n’est certain, ou dire est contredire. Liev, qui pourrait s’éloigner de nous au moment où sa folie devient évidente, reste le représentant pathétique d’une humanité qui pour ne pas glisser au fond du trou s’accroche au moindre brin d’herbe."

 
  • Article de Jean-Didier Wagneur dans Libération (24 décembre 2015)




"Pas Liev est donc une fiction piégeuse qui a l’air de se déployer comme un conte du XVIIIe siècle mais réécrit par un schizophrène : une description myope qui réduit le réel du roman au cercle des perceptions immédiates de Liev, des dialogues suspendus au-dessus du non-dit, des ratiocinations parodiques. Le monde selon Liev n’est pas celui que le lecteur devine au fil de son avancée dans ce livre. Dépossédé du monde et de lui-même, il peine à vivre en locataire de ses pulsions, d’autant qu’un trou noir traverse ce roman et en bouleverse violemment le sens.
Philippe Annocque a trouvé avec Quidam l’éditeur idéal, dont le nom signe un peu son univers. Car dans ce roman, «qui [est] un problème», Liev est confronté à l’innommable. Ce livre est véritablement à part. Roman si l’on cherche à le classer dans la vieille armoire générique, texte si l’on en souligne l’intempestive modernité, performance si l’on veut saluer la réussite de l’écrivain."
 Lire l'article entier sur le site du journal
 
  •  Article d'Isabelle Rüf dans le quotidien suisse Le Temps (4 décembre 2015)
"D’une étrangeté un peu comique, le livre glisse vers l’effroi, imperceptiblement, de manière implacable. Glaçant. Magnifiquement maîtrisé."

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  • Article d'Eric Dussert, dans le Matricule des Anges (octobre 2015) :
 http://www.quidamediteur.com/content/1-catalogue/1-made-in-europe/20151020-pas-liev/article-annocque.png
  • Lecture des premières pages à l'émission les Bonnes Feuilles, sur France Culture, par l'auteur (16 novembre 2015)
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5082441

  • Chronique radio sur Radio-Campus Lille et le blog Paludes, par Nikola Delescluse (13 novembre 2015)
  • Interview sur RVE, par Jean-Marc Josse (printemps 2016)


  •  Coup de cœur chez Gibert Jeune
"Liev ou pas Liev ? Surprenant roman sur la vie et ses faux-semblants, où Liev prend un poste de précepteur dans une maison où il semble ne pas y avoir d'enfants... Entre autres choses...
Original et fascinant !"



  • Pas Liev, thriller psychologique addictif, sur le blog L'avis textuel de Marie M (30 mai 2016)
"L'étau de l'atmosphère se resserre, s'enfonce dans les ténèbres, de plus en plus angoissant et addictif. Plus la notion des faits et du temps échappent à Liev et plus on brûle de connaître le dénouement final, fatal. Je plains le lecteur qui serait contraint d'interrompre sa lecture avant la fin. 
Une histoire qui force l'imagination et l'admiration."


  • Article sur le blog Sans dire, par Ozias Myssos (9 mars 2016)
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  • Article sur le blog Passion Lyre (9 mars 2016)
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  • Article de Cyril Tavan sur Balises, le magazine de la BPI (13 janvier 2016)
"Une sorte d’angoisse existentielle qui a autant à voir avec Kafka qu’avec Beckett, et que Philippe Annocque parvient à faire entendre sans aller trop loin dans l’opacité métaphysique. Liev est pourtant bien frappé, pourrait-on dire, et son incapacité à se reconnaître lui-même dérive assez naturellement vers la démence - une démence peut-être bien meurtrière, comme nous le découvrons dans un final renversant. Mais le récit n’en devient pas pour autant fumeux ou nébuleux ; Annocque pèse chaque mot, distillant le malaise sans verser dans le délire. Aussi radicale et frénétique que soit la quête d’identité de Liev, elle garde toujours un lien avec nos propres doutes existentiels, et cette injonction si simple et pourtant si difficile à mettre en application : “Connais-toi toi-même”"
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  • Articles sur Critiques libres, par Pieronnelle (6 janvier 2016) et Nathafi (9 mars 2016)
"C’est grâce à une écriture troublante qui nous embarque dans l’esprit de Liev tout en étant à côté de lui, que Philippe Annocque nous plonge dans un absurde poétique et inquiétant nous laissant pantelant, presqu’effrayé par ce qu’on croit comprendre de Liev et peut-être de nous-mêmes..."
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  • Article sur le blog Aquarium vert (22 décembre 2015)
L’étrange et fascinant roman de Philippe Annocque, dont je découvre l’œuvre par ce livre, aurait pu être écrit par un écrivain d’Europe Centrale, de l’URSS peut-être. J’emploie le conditionnel parce qu’il est le mode majeur de ce livre, sa formulation profonde. Tout, dans ce récit, est sujet à caution, à commencer par l’existence de son « héros », Liev, personnage aux contours bien mal définis. On l’imagine sous les traits des personnages kafkaïens — mais ont-ils eux-mêmes un visage, autre chose qu’une initiale ? Liev, pas Liev, et sa veste de costume avant qu’elle ne lui soit retirée, avant que n’y soient ajoutées des pièces à un coude puis aux deux : voilà tout ce que l’on sait de ce supposé précepteur, venu aider des enfants dont nous ne découvrirons jamais le vrai visage.

  • Article de Charybde 2, de la librairie Charybde (12 décembre 2015)
C’est à une expérience fort rare que nous convie ici Philippe Annocque. Ajoutant aux souvenirs du K. de Franz Kafka, du Zacarias Khune d’Ignacio Padilla (« Impossibilité des corbeaux », 1994) ou du Hans de Klaus Hoffer (« Chez les Bieresch », 1979) la construction patiente, mais néanmoins enlevée en à peine 130 pages, de l’incongruité flamboyante naissant non pas de la présence envahissante d’une bureaucratie opaque, d’une conspiration occulte ou d’une tradition étouffante, mais bien – majoritairement voire uniquement – de l’oscillation mortelle qui naît et progresse en chacun, entre conformité au monde et compréhension de l’univers, jusqu’à la folie, stricto sensu. Et il le fait avec tout le brio d’une langue acérée qui conduit la lectrice ou le lecteur à osciller à son tour entre rire et larmes, entre complicité et effroi, entre glace et ténèbres de l’anodin tout-puissant.
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  •  Article de Dominique Boudou, sur son blog (4 décembre 2015)
Il y a en chacun de nous un peu de Liev et de Pas Liev. Chacun de nous, à un moment donné qui n'est d'ailleurs peut-être pas un moment, se demande si le monde qui l'entoure est bien vrai. Et c'est l'existence même de toute chose et de tout être qui est remise en cause. On s'en étonne puis on cesse de s'en étonner. C'est tout.
Pas Liev de Philippe Annocque, dans un exercice de style superbement maîtrisé, pétrit et pétrit encore, jusqu'à l'obsession, cette pâte molle du réel qui échappe au réel.
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  • Article de Bruno Fern sur Libr-Critique (13 novembre 2015)
"La narration, dont la position d’extériorité pouvait d’abord sembler rassurante, est progressivement atteinte par tous ces troubles et apparaît à son tour comme l’un des symptômes du dédoublement de Liev. En effet, Philippe Annocque multiplie les procédés pour mener un récit qui nous emporte avec lui au même rythme que son personnage l’est dans la confusion, entre la légèreté liée à son détachement, voire un certain humour, et la menace grandissante d’un drame : « Et puis les choses sont allées moins bien. » Cet emportement a notamment lieu à travers les nombreuses répétitions qui paraissent être autant de tentatives de Liev pour s’assurer de ce qui existe, y compris ce qu’il ressent  (« Liev se disait qu’il n’en pouvait plus. Il avait conscience qu’il se le disait, il se disait que, puisqu’il se le disait, peut-être, peut-être que ce n’était pas tout à fait vrai, peut-être que ce n’était pas tout à fait vrai qu’il n’en pouvait plus. »), ou bien par les indices semés çà et là, relançant l’attention mais néanmoins insuffisants pour que nous parvenions à reconstituer les faits dans leur intégralité – ce qui nous place, comme Liev, face à de multiples zones d’ombre."
  • Article d'Anne Vivier sur Racines (13 novembre 2015)
"On est aussi infiniment touché par ce Liev profondément seul et qui n’appartient à aucun monde, et finalement même pas au sien. Précepteur sans enfant à instruire, amoureux sans fiancée à aimer, Liev ne comprend rien d’une société qui ne le comprend pas. Redistribuer les cartes en permanence tout en réussissant à construire un récit portant en lui une progression dramatique, voilà le tour de force de Philippe Annocque, qui se place ainsi sous la tutelle heureuse de Beckett, Karinthy et Kafka. Acrobatique, poignant et réussi."
  • Article de Romain Verger sur Membrane (13 novembre 2015)
"Avec une étonnante économie de moyens, et dans la lignée de Beckett et de l’étrange Épépé de Ferenc Karinthy, Philippe Annocque nous offre un roman vertigineux, où l’ambiguïté des signes, les variations de motifs, les dérèglements de la langue et les transferts d’attributs, pour ludiques qu’ils puissent paraître, nous mènent inexorablement à une effrayante révélation. "

  •  Article de Frédéric Fiolof dans la Marche aux pages (5 novembre 2015)
"Pourtant, Annocque réussit cette prouesse, alors que tout vacille, de nous faire avancer dans une histoire qui nous aspire de la première à la dernière page. Quelque chose n’est pas en phase et ce déphasage nous absorbe entièrement sans que nous puissions quitter le personnage d’une semelle.


Un événement terrible, donc, va se produire. Ou s’est peut-être déjà produit, dès la première page. Liev en est-il l’auteur ? Ou croit-il seulement l’avoir été ?


Car le lecteur se surprendra finalement à douter de tout, ou presque, enferré comme il se trouve dans les seules pensées et les seuls yeux de cet étrange Pas précepteur… qui affiche des cousinages variables du côté de Bartleby, de l’idiot de Dolstoïevski ou du Meursault de Camus.

Et pourtant, on le sent à chaque page, tout cela n’est pas qu’un jeu monté pour déboussoler et faire vibrer le lecteur. Pas Liev est aussi un roman puissant sur la solitude, l’aliénation, les souffrances ravalées qui n’ont pas trouvé le chemin des mots."
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  • Article du Préfet Martime sur l'Alamblog (4 novembre 2015)
"La dinguerie croît, les caguades textuelles se superposent, ça cahote, ça capote, c'est fort curieux et jamais ennuyeux. Là réside la réussite : quand tant de dramaturges produisent des machines poussives destinées à représenter la folie (on les reconnaît à ce que le spectateur est mal à l'aise pour le comédien qui se tord sur scène et pas du tout pour l'état mental du personnage qu'il joue), il semble que le jeu de désordonnement du monde d'Annocque fonctionne à merveille.
Et on se prend à croire que, finalement, Liev est un individu d'aujourd'hui : il ne comprend rien à ce qui l'entoure et on le fait bidouiller de la facturette, tandis qu'il croit à la fonction qu'il se donne. Un parfait calu. Comme vous et moi."

  •  Article de Jacques Josse sur Remue.net (24 octobre 2015)
"Tout est sujet à caution. C’est là la force du roman. On en vient forcément, à un moment donné, à se demander qui est ce Liev qui reste étrangement à distance de presque tout ce qui lui arrive. Est-ce un rêveur, un absent, un malade, un homme naïf mais dangereux, un fabulateur, un schizophrène ? La réponse, cinglante et inattendue, viendra en fin d’ouvrage. Clôturant un livre rare et épatant. On en sort sonné et admiratif."
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  • Article de Ted sur Un dernier livre avant la fin du monde (22 octobre 2015)
"Philippe Annocque continue, petit à petit, pierre après pierre, à créer un univers fascinant et obsessionnel qui absorbe ses lecteurs et les transforme à chaque nouvelle publication."
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  • Article d'Eric Darsan, sur son blog (21 octobre 2015) :
"On dira ce que l'on veut de Pas Liev, ce que l'on peut surtout, dépassé par ce personnage singulier, pluriel, déterminant, aux noms, prénoms et pronoms fluctuants dont on sent qu'il sombre progressivement. Hors monde sans doute, immonde peut-être, entre la veille et le sommeil, le rêve et le réel, Pas Liev est lui-même comme personne. Et personne comme tout le monde. Personnage à la dérive, sans âge ni ancrage, qui se cramponne à ce livre pas éponyme. Qui étonne, détonne, dénote. Où les mots se répètent et résonnent. Que l'on lit dans le blanc des lignes. Un livre comme pas un. Comme Pas Liev. Un livre délirant, délivrant, cathartique. Où rien n'est dramatique mais où tout est très sûrement tragique. Où l'on doute, assurément. De Liev mais comme Liev. Un roman où l'on court à sa perte."
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  • Article de Guillaume Contré, dans l'Escalier des aveugles (21 octobre 2015) :

"Car le monde est une surface avec des objets, mais puisqu’il est aussi opaque, on ne sait pas de quelle surface et de quels objets on parle. C’est ce qui fait l’intérêt de ce livre en particulier et de la littérature en général. Car Pas Liev c’est de la littérature. Voilà au moins quelque chose de sûr. Et de la bonne, même, on peut le dire. Le monde est une surface miroitante qui nous aveugle parfois. La littérature sert à ça, à aveugler. Ou pas. La littérature est aussi une surface, agitée. Dedans, il y a ce qui est dit, et le reste. Le reste est peut-être le plus important. Philippe Annocque l’a bien compris. Il suffit de lire Pas Liev pour s’en rendre compte. 140 pages suffisent à faire un bon livre. Il suffit de lire Pas Liev pour s’en rendre compte."
"Pas Liev est un récit inquiétant et beau et formellement parfait, sans que cette perfection ne soit écrasante. Les livres trop parfaits sont parfois pénibles. Parce que trop parfaits. Ou pas. Mais Pas Lievn’est pas trop parfait. Pas Liev est parfait comme il faut. Il sait comment nous mettre dans la tête de Liev, et pour cela il sait construire une forme précise et pourtant jamais envahissante. Cette forme, c’est celle de la tête de Liev, ou de son intérieur." 
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  •  Présentation de Pas Liev à la librairie La Belle Lurette, 26 rue Saint-Antoine à Paris :
  


« Pendant un instant, Liev a eu envie de demander à Monsieur Hakkell d’autres factures à recopier. Mais c’était idiot. S’il y avait eu d’autres factures à recopier, Monsieur Hakkell les lui aurait apportées avec les premières. Et puis il ne fallait pas faire ça, demander d’autres factures à recopier ; ce n’était pas son travail, à Liev ; il avait été engagé comme précepteur, c’était pour ça qu’il était venu ici ».
Pas Liev est un roman étrange, troublant, troublé et racé. Etrange, l’histoire de Liev, répondant à la demande d’un précepteur à Kosko, après un périple en autobus dont on ne saura rien, il arrive à pied dans ce domaine, où il pense qu’on l’attend. Région, village et domaine imaginaire, comme le sont ceux qui l’habitent, des fantômes ? Il n’y a pas d’enfants pour le moment à Kosko, Liev va donc être employé à recopier des factures. Puis on apprend au détour d’une phrase – Il est rare que la réalité coïncide parfaitement avec l’idée que l’on s’en fait – que Liev s’est fiancé avec Mademoiselle Sonia. C’est vrai qu’ils ont fait une ballade à vélo – Sonia roulait plus droit, ses genoux ne s’écartaient pas du cadre et la jupe de part et d’autre de la selle, c’était joli –, que leurs regards se sont croisés, mais nous n’en saurons pas plus.
Puis, Sonia s’absente pour préparer leur mariage. Mais rien de certain, rien n’est jamais sûr à Kosko et dans ce roman. Liev apprend de la bouche de Mademoiselle Sonia, qu’elle n’a pas quitté Kosko, et qu’elle souhaite faire une nouvelle randonnée à vélo – Mademoiselle Sonia l’a regardé un instant avec un sourcil légèrement levé, c’était joli ce sourcil légèrement levé. Pendant ce temps, Magda s’est occupée au plus près de Liev, sans qu’il sache vraiment pourquoi. Comme Liev, on se demande si cette troublante histoire aura son épilogue, si l’auteur, malin comme il l’est, ne joue pas tout autant avec Liev qu’avec nous. On se demande si tout cela n’est pas une plaisanteriePas Liev est un roman qui sème le trouble, qui instille un doute permanent sur ce qui s’y déroule. Le vrai se joue du faux et inversement. Alors, qui manipule qui, et qui est le jouet de qui et de quoi ? Le tout porté par un style qui joue et se joue des mots et des phrases, en les fouillant et les retournant. Qui s’amuse des répétitions, des phrases qui se répondent, qui s’éclairent et éclairent le roman. Les phrases et leur combinaison ont tant de choses à dire, et Philippe Annocque s’emploie à les faire parler.
« C’était bizarre, de prononcer une phrase sans ton. En général quand on prononçait une phrase, on y mettait toujours le ton. Ou plutôt, le ton s’y mettait tout seul, sans même qu’on ait besoin de l’y mettre. Il fallait le faire exprès, sûrement, pour prononcer une phrase sans ton. Et même en le faisant exprès, on n’était pas sûr d’y parvenir ».
A n’en pas douter, Pas Liev vient de territoires romanesques explorés et mis sous tension par Beckett,Julio Cortázar ou encore Kafka. Un pas de deux, l’un dans l’absurde et l’autre dans le réel, une petite incursion réaliste dans un monde qui ne l’est pas, et inversement. Pas Liev est un roman à l’écriture ciselée et ourlée, où chaque mot est pesé comme de la poudre d’or par l’écrivain orfèvre. Bonheur de lire, et d’évidence bonheur d’écrire pour Philippe Annocque, et de surprendre le lecteur, de l’inviter à suivre à la trace chaque geste de Liev, à écouter chacune de ses réflexions, à se glisser dans ses doutes, ses étonnements, mais aussi ses silences, jusqu’au final saisissant et glaçant.
« Et puis les choses sont allées moins bien.
C’était difficile de dire pourquoi, ou comment, ou même en quoi elles allaient moins bien mais elles allaient moins bien. Liev le sentait bien ».

  • L'amicale lecture de Didier da Silva sur son blog Danse de travers (16 octobre 2015) :
 
Si mes amis sont automnaux, ils n’en sont pas moins divers (je sais, c’est lamentable). La folie chez Philippe Annocque n’est pas douce comme chez Matton. Elle ne l’était pas, déjà, dans ses deux derniers livres, Vie des hauts plateaux et Mémoires des failles, mais ces recueils en forme de puzzle étaient fatalement un peu joueurs, l’air du jeu circulait entre les pièces. Pas Liev est un roman et il est implacable comme le sont les romans, tendu vers sa fin. La sienne est terrible. Les “choses”, pour son héros bas de plafond comme le sont les plafonds chez Welles et d’ailleurs on dirait du Kafka (si vous me suivez), n’y vont “moins bien” qu’à la page 91, mais c’est dès la première que ça ne va pas fort, alors vous imaginez bien ce qu’il en sera page 138, qui est la dernière. Il y a une phrase très belle et tout à fait représentative de l’ensemble, à la page 129 : “Où n’était pas une question mais Qui était un problème.” Je me demande si ça marche avec Oreilles Rouges, que dit sa propre page 129 ? “Ne vous y trompez pas : cette fois le singe, dans mon dessin, c’est moi !” C’est drôle, les deux phrases ont l’air de se répondre. J'imagine que les troubles de l’identité sont dans l’air du temps.


On peut très bien parler des choses sans les nommer.
Liev se rend à Kosko pour y assurer l’honorable profession de précepteur. Ou peut-être pas. A Kosko, Liev vivra aussi une belle histoire d’amour. Ou peut-être pas. Le monde est opaque, à moins que ce ne soit l’homme. L’opacité est une maladie mentale. Ou peut-être pas. Liev est Liev. Ou peut-être pas.
Cette présentation de l’éditeur – que l’on prolonge des deux dernières phrases – nous plonge au cœur de ce qui fait pour partie le sel de ce Pas Liev : l’incertitude. Tout y paraît fuyant, mouvant, possible mais sans rien pour y arrêter la possibilité. A tel point pour Liev que répondre à la question de son nom par « Liev » lui paraît étrange…
Il est rare que la réalité coïncide parfaitement avec l’idée que l’on s’en fait.
Ces sont ces écarts qu’investit jouissivement Philippe Annocque. Comme y enfonçant le coin de son écriture, il y dépose subrepticement l’un après l’autre les rouages d’un drame qu’on sent advenir bientôt sans en pressentir les enjeux. Un mur puis une relation sexuelle puis un vélo puis une brique rouge. Rien que de très concret donc. Mais dont leur insertion dans une atmosphère mâtinée de doute – qui parle vraiment? d’où? et pourquoi? – rend leur présence plus palpable, et inquiétante.
Alors il s’est passé quelque chose d’incroyable. D’autres fois, dans l’avenir, il se passerait aussi des choses incroyables ; mais cette fois-là, c’était la première.
Jusqu’à sa terrifiante – et géniale – conclusion, Pas Liev interroge nos propres difficultés à trouver un ancrage en ce monde, à s’y reconnaître. Difficultés parfois insurmontables et qui peuvent alors inciter à l’irréparable. Que ne sommes nous capables de faire pour laisser dans ce monde une marque qui nous « y atteste »! Dans Pas Liev se joue une partition haletante dont le lecteur ressort lui-même incertain. De ce qu’il a lu. Mais aussi, peu ou prou, de lui-même.
C’était toujours étonnant et c’était comme ça. C’était étonnant et il n’y avait pas de quoi s’étonner.
Philippe Annocque, Pas Liev, 2015, Quidam.


Liev débarque à Kosko dans une grande propriété où il remplira le rôle de précepteur. Tout semble s’organiser pour le mieux. Il s’évertue à remplir consciencieusement sa tâche et il accepte son statut de fiancé, bien vite gagné, de Mademoiselle Sonia.
Mais tout cela est-il réel ?
Philippe Annocque, d’emblée, place son roman dans une chronologie déroutante et une opacité totale car Liev, esprit naïf (?), perdu (?), malade (?), doute en permanence des événements ; il s’accommode, mais finalement ne sait rien. Plus rien de ce qu’il fait ni de ce qu’il est.
Les situations cocasses voir burlesques du début laissent donc leur place à une ambiance beaucoup plus déconcertante, confuse et hautement problématique.
Le choix du point de vue narratif, une vision ultra-rétrécie, invite le lecteur au cœur des inexplicables raisons d’un acte inconcevable et pose dans ces quelques pages, simples, précises et d’une grande poésie, de ce court roman, la question fondamentale de la considération dans les rapports humains… Très belle découverte !
Pas Liev de Philippe Annocque complète une rentrée des éditions Quidam très enthousiasmante, avec Charognards de Stéphane Vanderhaeghe, très forte expérience de lecture, journal inquiétant et envoûtant, et Victoria n’existe pas de Yannis Tsirbas, véritable coup de poing sur une réalité athénienne contemporaine.


Le troublant brouillard des mots et de la folie.

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Liev se rend au village de Kosko, pour y prendre un emploi de précepteur. D’emblée tout est étrange, bizarrement opaque : l’accueil de Liev, l’absence d’enfants, les conversations. Le rapport de Liev au monde est étonnant, est-ce parce qu’il est étranger, ou dominé par une introversion trop envahissante ?

Obsédé par des détails incongrus, Liev a l’air ne pas saisir la signification des événements et des paroles des autres, son regard et sa logique ont une allure bancale, évoquant ces patients de «L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau» d’Oliver Sacks. Liev semble perméable à sa propre vie, comprendre et dire les choses lui pose un vrai problème, en particulier dire les choses telles qu’elles sont.
«Magda lui avait dit de s’asseoir, en attendant ; mais il n’y avait pas de chaise.
C’était bien là qu’il devait attendre, pourtant. Il avait demandé à Magda où il pouvait trouver Monsieur Hakkell. Magda lui avait répondu « à l’intendance », sans même s’arrêter. Liev avait dû élever la voix pour lui demander où était l’intendance. Heureusement Magda passait juste devant à ce moment-là, elle n’avait eu qu’à lui indiquer la porte du menton (elle avait les bras chargés, mais de quoi ?). Heureusement qu’elle passait devant l’intendance juste à ce moment-là, parce que sinon elle n’aurait peut-être pas pris la peine de lui répondre. Ou sa réponse n’aurait pas été compréhensible. Elle n’était pas disposée à la conversation, de toute évidence.
C’était peut-être du linge, qu’elle portait. Du linge d’enfants. C’était sûrement du linge.
À quel moment Magda lui avait-elle dit de s’asseoir ?»

© René Magritte, Décalcomanie
Maladroit, incertain, mécontent de lui-même, Liev interprète tout de manière bizarre. Cet embarras absurde semble glisser au fur et à mesure des pages, laissant peu à peu entrevoir le gouffre d’une folie insurmontable, en particulier dans une scène de sexe où le lecteur reste médusé par la virtuosité de Philippe Annocque.
Mais comment en être sûr puisque tout est sujet à caution dans ce roman où Liev est le principal personnage en scène, où tout semble recouvert d’un voile déformant ou troublant, dans un dépouillement apparent du langage et des situations.
«Liev a répondu « oui » quand le jeune homme lui a demandé s’il savait faire du vélo. Il n’avait pas bien compris pourquoi le jeune homme lui avait posé cette question. Il se demandait si cela avait un rapport avec ce dont le jeune homme et Monsieur Hakkell parlaient devant lui, il s’est rendu compte qu’il n’avait rien écouté de la conversation. Ça l’a inquiété un peu. Peut-être avaient-ils dit des choses importantes, peut-être avaient-ils parlé de choses le concernant. Le jeune homme et Monsieur Hakkell devaient sûrement croire que Liev avait tout écouté de ce qu’ils avaient dit. Peut-être avaient-ils parlé de son travail de précepteur. Liev n’avait rien écouté. Il s’en rendait compte à présent. Il s’en mordait les doigts. Il lui semblait bien pourtant que si Monsieur Hakkell ou même le jeune homme avait employé le mot précepteur, cela l’aurait alerté. Mais ils pouvaient tout aussi bien avoir parlé de son travail de précepteur sans employer le mot précepteur. Oui : la chose était tout à fait possible. On peut très bien parler des choses sans les nommer.»
Liev dit-il les choses ? Vit-il vraiment une histoire d’amour ? Est-il fou ou pas ? Qui est-il ? Dans la prolongation de «Mémoire des failles», poursuivant cette exploration des identités fuyantes, utilisant les reprises et les variations obsessionnelles qui amplifient l’incertitude sur ce héros problématique, Philippe Annocque, en véritable orfèvre, sème le doute et la contradiction sur l’identité de Liev, aussi insaisissable que le récit lui-même, intriguant, réjouissant, captivant jusqu’à sa fin terrifiante.
«Les mots ont une vie indépendante de notre raison. Jouer avec eux nous révèle un monde étranger qui est pourtant le nôtre.» (Robert Pinget)
Pour acheter ce livre irrigué par les influences de Franz Kafka et de Samuel Beckett, et à paraître en octobre 2015 aux excellentes éditions Quidam, chez Charybde, ce sera par ici.

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